Il quitte
Le silence
Le dedans
Le ventre
Il quitte
La table, les heures, les chaises
Qui se lassent, se meurent
S’affaissent
Il quitte
Son lit
étroit
Son pyjama
mouillé
Ses jouets
déchus
Les monstres dans le placard
Il quitte
Les lèvres sur ses lèvres
Collées
Son corps et le sien
Eblouis
Il quitte
L’envie de rester
La peur de se perdre
La honte de trahir
Sa maman sur le palier
Il quitte
Sa foi sainte de guerrier
Ce qu’il s’était craché, juré, promis
Sa soif de partir
Il quitte
Sa lumière
Son éclat
Ses dents ivoires
Sa peau velours
Il quitte
Un fauteuil
Pour ce lit
Un corps
Assis
Pour ce corps
Couché
Il quitte
La vie, la grande vie
Qui passe
Qui rate
Et quitte
Il quitte
Comme toujours il quitte
Une dernière fois il quitte
Comme un homme quitte
Un costume très beau
Trop grand
Il quitte la belle
La grande vie
Il se souvient
De tout
Les vertiges
Au bord
Du monde
La peur
A l’approche
Du vide
Les mains
A saisir
A la surface
Il se souvient
Mille vies
Une place
Pour chacune
Dans cet album
A refermer
Et transmettre
Aucun héros
Sur les photos
Juste une comète
Qui traverse
Rapide
Cherche sa trace
Dans le ciel
Immense
Et ne brille
Que si on sait
La regarder
Il se souvient
Jamais assez
Il fouille
Déterre
Les promesses
Les corps
Les souffles
Les murmures
Les silences
Les fantômes
Redonner
Les couleurs
Trouver
Les pourquoi
S’apaiser
Pardonner
Se rappeler
De tout
Pour conter
Une histoire
Qui dit
J’ai été
Ici, là
Et là-bas
Parmi eux
Simplement
J’ai été
Je m’en vais