Encore fébrile, elle avait peint tout l’après-midi, mélangeant avec ivresse tous les bleus, les ocres, et les orangés de sa palette.
Une plage devant une mer débordante au crépuscule et des nuages incendiés au couchant.
Le soir venu, elle se coucha et s’endormit, exténuée.
Eveillée par une sorte de rumeur, elle crut entendre le mugissement du vent, le ressac contre les rochers et le bruit de succion des galets quand la vague se retire.
Le bruit s’amplifia, se rapprocha comme si toute la mer se déversait dans sa chambre, vague après vague, couvrant ses draps, ses mains et son visage d’algues vertes et iodées.
Son lit s’enfonça, radeau trop léger, au fond des eaux sombres parmi les coraux et les bancs de poisson.
Tout son corps semblait délesté, devenu transparent comme une ouate, comme un nuage dévoré de soleil.
Un poisson jaune entra par sa bouche, fouilla son ventre et ressortit rougeoyant, de la couleur suave des coraux devant ses yeux, ou ce qu’il en restait.
Elle vit passer au loin des sirènes aux longs cheveux et l’image d’une dague qui ensanglantait la mer lui revient en mémoire.
Elle tendit hors de cette bulle où tout son corps flottait, une main vers le bleu de la mer, ce bleu profond et sombre, outremer, de l’eau qui l’entourait.
Elle sentit sur sa peau un frisson étrange et fut aspirée par l’encre des bas fonds, oubliant tous ses souvenirs de la terre.
Elle devint une étoile de mer et pu parler avec les étoiles du ciel, son corps tantôt nuage bleu caressé des poissons, tantôt nuage d’or frôlé par les oiseaux.
Elle avait épousé les couleurs du tableau et bu ses sortilèges.
« Au réveil, il était midi. »