Je marche dans une forêt silencieuse au bord de l’inquiétude du monde.
Odeur de mousse et d’eau sous les feuilles, un matin de printemps.
Les buissons brillent de leurs bourgeons sucrés et les arbres offrent l’étoffe de leurs troncs attentifs, corps palpitants sous l’écorce.
Le feuillage s’éclaire d’or tout là haut.
Au détour du chemin une prairie, bordée de peupliers, de roseaux, le long d’une rivière aux pierres rougeoyantes.
L’instant vibre de vent, de lumière et invite à l’oubli.
Vert lustré de l’herbe, ocre chaud de la terre où cheminent de petites fourmis, insectes nonchalants, fleurs sauvages aux senteurs d’autrefois.
Mystère d’une harmonie de couleurs, d’odeurs et d’une vie secrète ; j’entre par tout le corps et le souffle, dans cet instant suspendu qui me transporte et m’irradie.
Toute cette beauté qui ne s’offre sans doute à l’âme qu’aux instants de contemplation silencieuse et que l’on boit avec avidité par tous les sens au point de devenir herbe, terre, neige, vagues, ciel, bouquet de couleurs, d’odeurs et de saisons.
Beauté qui nous arrache au monde par l’étreinte d’un arbre en fleurs dans la lumière, l’odeur timide des violettes ou envoûtante des mimosas, le frisson d’un oiseau surpris, la parole échevelée du vent.
Beauté aussi dans la trace des souvenirs convoqués, irrigués par les sensations, palimpseste ou chant qui s’écrit depuis l’enfance et tremble au fond de nous.
Espace indicible et vibrant de mots, tissé en nous et qu’approche parfois le poème.