Voir

Le monde est couché.

J’éteins les lumières du salon après avoir lapé les dernières gouttes de ma journée. La maison plonge dans la nuit et m’entraîne dans sa chute. Il me faut chasser mes craintes, me résoudre à la nécessité du sommeil. Je passe devant la cheminée qui s’éteindra seule et lentement. Le feu encore vivant me retient dans ses filets oranges. Beauté maternelle. Je ne bouge plus et m’émerveille. Je me demande pourtant ce qu’il y a de si beau dans ces flammes qui déclinent. Je suis le personnage d’une scène trop attendue, hypnotisé par l’âtre, qui approche ses mains et frissonne. Des siècles d’images nous ont appris à aimer ce tableau-là. Il est banalement beau et je m’en veux. La beauté se mérite.

Dépasser les couleurs, la danse, le crépitement. Fermer les yeux pour débusquer la beauté. L’émotion est réelle, trouver sa source, ce que le feu qui nous regarde révèle de nous. Car c’est lui qui regarde. Il est un intérieur qui voit. Le quartier terré dans son silence, le jardin, la maison, moi qui éteins les lumières, nous nous tenons au dehors. Nos mains aveugles palpent dans le vide un ciel sans fond. Nous sommes habillés de nuit. Le feu nous garde dans son jour, il nous loge dans sa lumière. Elle est son œil. Il nous observe et nous veille. C’est un guetteur splendide.

Un guetteur d’une splendide beauté.

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