Je déchire le filet de pommes de terre.
Je choisis les plus charnues
Mets à la poubelle
Celles qui sont trop abimées.
Je les épluche.
Je deviens cet assassin en série
Dépeçant les corps
Collectionnant les peaux.
Je sens sur mes doigts
Couler le jus de l’amidon.
Les gouttes de frayeur
Des minorités décimées
Les larmes de peur
Des camps de concentration.
De ces patates,
J’ai le destin entre les mains
Comme toutes les nations
Sacrifiant l’humain.
L’apparence,
Sélection
L’utilité,
Motivation
Pour faire tourner le monde,
Rester dans cette ronde
De la société.
Enfermés,
Enchainés
Entassés sur la terre
Nous sommes tous des pommes.
Les voilà, nues, sous mes yeux.
Elles s’illuminent
Otées de leur habit rugueux
Soleil luisant de fraicheur.
Elles sont l’adolescente, insouciante, en maillot de bain, sur la plage
Transpirant de fraicheur
Portant son corps
Comme un trophée fougueux.
Je les ai laissées trop longtemps à l’air libre.
Elles noircissent
Semblables à nous autres
Rongées par le temps qui passe
Tatouant nos corps et nos âmes.
Alors que je vais les rincer, l’une d’entre elle s’échappe.
Elle tombe à terre.
Elle est espoir
Croire en sa chance
Elle est la danse
Des plus courageux
Elle est le risque
Elle est la vie.