La sincérité d’une flèche

J’ai une amie qui n’écrit pas.

Cette amie existe, mais elle n’écrit pas.

Toute son existence est auréolée de

marxisme et d’élégants dialogues.

Avec elle jamais je ne trouve l’ennui.

Il y a toujours beaucoup de souplesse et de

rebondissements.

La sincérité d’une flèche.

Je dois dire que, cette amie, est en

perpétuel équilibre sur le cercle sur

des ronds de fumée qu’elle sort de sa

bouche.

Car jamais ne tarit sa fumée intérieure.

De dedans elle invente des mots, des

royaumes.

Elle s’écrit, de dedans.

Je suis presque sûr qu’elle en est à son

troisième roman.

Ou même à son cent unième car ses romans

sont sans doute très courts

ou sans doute même ne garde-t-elle

que les titres :

« Vingt kilomètres d’ambiance »

« Would you be my carpat ? »

« La folle histoire de Bouche-Cousue »

« On n’entend une mouche approcher »

« Les flocons prudents »

« La licorne gémit trois froids »

Cette existence effacée échappée

dissimule ses déclics

climats dérobés

aux tissages Damassés.

Il ne faudrait pas jalouser un tel esprit

qui perle d’éclats.

Sa tendance décoratrice

à se positionner face au monde

qui pour lui n’est qu’une énorme fiction

une énorme blague complexante

prise dans l’étau du réel

de la lutte des classes

de la crèche au lycée.

Lutter avec classe contre

l’énormité.

L’énorme noyau de sauterelles.

Non. A contrario de la jalousie nous devrions préférer

l’imitation.

Noircir les pages de nos cerveaux

de titres et autres

histoires courtes.

L’énorme monde irait sans doute mieux

si nous étions tous

des non-écrivains.

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