L’Odyssée des murs de la cité

Quand j’ai envie de m’échapper, voyager, partir au loin, je rejoins la cité. A peine franchie la première rue piétonne, mes yeux se posent sur les murs de la ville, sur ses parois de béton monotones, sur leurs ancêtres de schiste et de pierre et leur enchevêtrement de gouttières … Au détour d’un regard, c’est un fabuleux Vif d’or en mosaïque qui m’attire et me fait signe de le suivre, déambulant à son aise dans les airs de ces rues qui lui semblent si familières. Il m’embarque alors pour une Odysée citadine, qui nous conduit d’abord à la rencontre d’un espiègle éléphant gris, posé là, près du grand théâtre, par les mains habiles d’un mosaïste. Cet adorable nous invite à écouter sa poésie accrochée juste à côté de lui, qu’il déclame, tel un comédien, avec tant d’adresse. Ses mots nous transportent, moi et mon compagnon ailé. Bientôt, nous apercevons, sur la place principale grouillant de monde, un paisible panda, dans son costume à carreaux noir et blanc. Il nous saute au cou tellement il est heureux. Il nous raconte la Chine, ses montagnes, ses fleuves et ses forêts de bambous.

Mais, le Vif d’Or s’impatiente déjà. Il a tant à me faire découvrir : la magie des contes, là juste au coin de la rue, en bas. Je ne vois rien pourtant, seulement des paillettes, tombant en pluie comme par enchantement. Je lève les yeux et découvre le facétieux : le petit soldat de plomb jetant sa poudre d’étoiles au passage pour attirer notre attention. C’est en hauteur qu’il a trouvé sa place, pour essayer d’apercevoir sa danseuse dans la foule des samedis de folie. Qu’il est resplendissant : noir, rouge, jaune, rose, bleu ! … Les tesselles de couleurs, agencées par les doigts minutieux de l’artiste, sur fond de mur gris m’éblouissent …

Mais, je n’ai rien vu encore, me confie alors le Vif d’Or … En effet, poursuivant notre merveilleux périple, je m’immobilise, à quelques encablures de là, devant une œuvre abstraite … Des carrés et des rectangles de couleurs s’animent sur leur mur comme sur la toile d’un Mondrian. Dans ce musée citadin à ciel ouvert me parviennent tout à coup de douces notes. Comme celles du joueur de flûte de Hamelin, elles m’attirent irrésistiblement. D’un seul coup, je plonge dans l’univers aérien de l’Oiseau de printemps et puis du Pélican. Les bruits du quotidien soudain se taisent. Ils laissent place aux becs mélodieux, à leurs échos infinis, à la musique du vent jouant sa symphonie aux multiples variations, celle des bouleaux, des magnolias ou des sakuras et au murmure de quelques feuilles éparses, roulant de temps à autre, selon la partition.

Mes yeux sont ébahis par tous ces oiseaux colorés qui tournoient au-dessus de ma tête. Ils m’offrent une aire de repos migratoire sur laquelle je me pose, à l’abri des passants. Et, bientôt, Pélican m’invite à monter sur son dos, m’emmène vers le phare, où j’arrive à bon port. Magnifiquement posé près d’une tour ancestrale de la ville, il arbore ses couleurs vives et veille sur elle, sur ses habitants, ses visiteurs d’un jour. Je l’admire dans les moindres détails, il me demande une caresse. J’effleure chaque tesselle, passant mes doigts, un à un, sur ce phare protecteur. Je me laisse à mon tour caresser par l’harmonie de ses couleurs. Puis, peu à peu, l’odeur pénétrante de l’océan se répand et m’apaise. Le large m’appelle, m’envahit et ma paix intérieure se fait encore plus belle. Flottant sur l’océan de mon rêve, je m’aperçois soudain que le Vif d’Or a disparu.

Mes yeux partent alors à sa recherche sur le vieux mur de pierre… Il est là. Il a rejoint sa place … Enfin, un rai de lumière, filtrant dans la ruelle, éclaire mon visage. Mon Odyssée s’achève. Je quitte alors ce monde des mosaïques et l’art de la street. Dépaysée, régénérée, je m’en retourne apaisée, ramenant tout au fond de mes yeux, les trésors des rencontres, des murs de la cité.

2 commentaires

    1. Avatar de Inconnu

      Merci beaucoup Jacky. Heureuse que cette Odyssée te plaise… J’ai hâte de préparer le prochain départ et de vous embarquer avec moi …

      J’aime

      Réponse

Laisser un commentaire