Elle pénétra avec délice dans l’hôtel particulier pour visiter l’exposition.
L’atmosphère raffinée du lieu la ravissait. Elle avait hâte d’entrer dans les œuvres de ce peintre espagnol…comme dans une révélation… pensait-elle.
Oui sans conteste c’était le maitre de la lumière…et que de tendresse dans l’évocation de ces pêcheurs le soir et de ces petits enfants lumineux, pleins de vie au bord de la plage ! Les femmes aussi étaient magnifiées, dans la finesse de leurs traits, leur beauté maternelle. Elle glissait dans les teintes brillantes de la mer :vraiment sublimes, irréels, ces bleus de l’eau, l’écume étincelante, et souvent, l’orange du couchant dans les vagues ! Des vagues orange qui la transportait. Elle n’avait jamais vu tant de délicatesse mais aussi d’audace pour suggérer les paysages et la couleur de l’air.
Il a peint ses vagues en orange ? Tu as vu, disait une visiteuse, trop bizarre !… et sa fille malade là bas, disait une autre , elle est grise sur des coussins très blancs fondus dans la lumière du paysage en arrière plan !
Elle s’éloignait de ces réflexions qui la heurtaient. Oscar Wilde avait bien raison, l’art n’imitait pas la nature, mais c’est par lui que se créait notre vision du monde,… les brouillards avec Turner et Monet, les champs de coquelicots le soir avec Renoir, les étangs de nymphéas avec Monet encore. Et là, ces couleurs liquides de la mer, la grâce des silhouettes, l’évanescence des corps d’enfants dans l’eau, devenus eux mêmes liquidité, et cette matière palpable de la lumière, quel regard profond ! Klee aussi avait raison de dire que « l’art rend visible » !
Elle pensait à Proust cherchant fiévreusement dans les mots « l’équivalent spirituel » des sensations, à Rimbaud et à son projet d’une « langue de l’âme pour l’âme »…
C’était la même démarche en peinture pour dire le réel et l’émotion en nous.
Sublime ! disait un groupe de touristes sur le parvis de l’hôtel…Elle, repartait, un peu étourdie, la tête bourdonnante d’images et de secrets révélés.