Comme si la fenêtre du train faisait défiler devant moi les paysages de ma vie.
Comme si dans son lent démarrage, j’entendais les pas de mon grand-père arpentant son jardin et ses plantes potagères, chaussé de sabots de bois.
Comme si à la première halte, je descendais fêter à nouveau mes dix ans, au mois de mai, sur le quai tout le printemps, si près de ma maman.
Comme si, par la fenêtre, ouverte maintenant, le parfum des tilleuls chatouillait mes narines, odeur des grandes vacances, sur la cour de l’école envolées enfantines.
Comme si à pleine vitesse, d’un coup je repartais, et que me parvenaient le bruit de l’insouciance, de la jeunesse mes rêves, vécus tambour battant, par delà les frontières, leurs langues et leurs accents.
Comme si, au coup de sifflet donné là sur le quai, soudain je me réveillais des décennies après, un sursaut un peu sec, sillons sur mon visage, quelques fils blancs avec.
Comme si, par cette fenêtre, se dressaient à présent de nouveaux paysages, sans repères aucuns, je sentais l’inconnu, l’étranger, l’incertain.
Comme si elle me conviait, avant le terminus, à poursuivre ce voyage, à voir et à
humer, à prendre et à goûter les paysages ma vie.