Madame vous gâchez tout
il m’a lancé à la figure
pendant que j’absorbais doucement
les peintures entourées de poèmes
qu’il avait accrochées le long d’un trottoir
grillagé de Saint-Germain-des-Prés
Un oasis —j’avais pensé
en m’arrêtant devant ces couleurs vives et ces mots
sur le chemin du musée Delacroix où je me rendais
en quête d’un Graal pour survivre
au bitume que je foulais
depuis des mois
respirant du gris
recouvrant de larmes les trottoirs de Paris
Vous gâchez tout Madame
ça sonnait comme une alarme
(un parfait état des lieux
du désastre)
Il ressemblait à un sage
ce peintre au visage anguleux
à la peau burinée sous
barbe sourcils cheveux blancs
tout habillé de lin blanc
chemise veste pantalon foulard
col grand ouvert
corps long maigre élancé
un chaman égaré
à Saint-Germain-des-Prés
Qu’est-ce qu’il a vu en moi
quand moi je ne voyais que ses traits
de pinceaux ses marges
composites citer tout à la fois
Milosz Bobin et Rilke
Qu’est-ce qu’il a vu de moi
pendant que je glissais tout entière
dans son havre
Pendant que j’oubliais
le chaos de ma vie
mon impasse
mon errance à Paris
pendant que j’espérais ne pas
tout perdre
à force de ne pas
savoir choisir
entre deux
vies deux
amours
Pendant que je foutais
tout en l’air
Madame vous gâchez tout
Juste parce qu’il avait aimé
que j’arpente en silence
avec cérémonie
ses rouges et ses turquoises
son orange feu
la main sur le cœur
juste parce qu’il aurait préféré
que je ne lui pose aucune question
Un fou sans doute
mais j’étais si perdue
de folie
je ne voyais
que la mienne
Ça hurlait dans mes tempes
je marchais nue
j’étais transparente
A découvert
béante
Tout se voyait
tellement
tout
ce que je perdais
se répandait
s’offrait en pâture
à n’importe qui
et même aux sages
aux fous aux peintres
aux poètes je n’avais
plus personne
dépouillée de
tout
Et pour seule patrie
un gâchis ambulant
Il n’y a que moi
pour être torturée par un sage
je me disais regard figé
sur une dernière image
l’autoportrait du peintre
recouvert d’un poème de Pasolini
à jamais gravé dans le flou de mes larmes
« Je reviens d’une virée désespérée.. »
C’est, pas de mots Florence
Ta poésie transperce le coeur, les images qui traversent tes mots vont droit à l’émotion;
Pas de mots, femme libre ( oui), femme poète.
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