« Et puis quoi, encore ? »
Je vais écrire pour que ma tête cesse. Mon esprit boucle sans cesse sur ce « Et puis quoi encore ? ».
Il faut que ça cesse.
Les mots, je les comprends un par un, mais la phrase, non, je la comprends pas. Ça me heurte, ça me boule au ventre, ça me crispe.
« Ça me crispe », c’est trop crispy. Ça me heurte et me tourneboule ; elle me tourne en boule cette phrase, elle me tourne en boucle.
Tête d’autiste. Ça se voit pas, mais je me répète. Ça se voit pas, mais ça se repère – pour qui a l’œil. Les détails, c’est ma came. Ma façon, c’est la filature, en mode obsessionnelle.
Mais pourquoi il a dit ça ? Qu’est-ce qu’il ne comprend pas, putain ? Pourquoi on habite pas la même bulle ? Pourquoi c’est violent ? Pourquoi ça tourne-en-boucle ? Pourquoi ça fait mal ? Où est-ce que ça te fait mal ? Ça te fait mâle aussi, avoue ?
Putain le lourd ! Là tu juges, tu comprends rien. On parle pas la même langue, c’est ça ? Pourquoi est-ce qu’on parle pas la même langue ?
Et ça se passe comment dans ta tête à toi ?
Ça se passe comment dans ton cerveau d’autiste ?
Ça se passe en boucle.
Ça se passe au détail.
C’est comme.
C’est comme.
C’est comme une cristallisation. Ça prend du temps, mais ça s’arrête pas à moins que tu coupes la source.
Tu prends un détail, tu prends, tu prends, tu prends un milieu, un milieu riche, toi, tu es dans ce milieu. Tu satures. Le milieu est saturé. Tu mets du sel dans de l’eau chaude, tu satures l’eau de sel, comme à l’école quand on était gosses.
Après.
C’est un détail, ça change tout, tout va s’organiser autour du détail que tu plonge dans le milieu.
Tu plonges un trombone dans l’eau salée, saturée de sel dissout.
Tu perturbes le milieu avec ton détail.
Va prendre l’air cinq heures ou cinq jours. Comme à l’école, pose la soucoupe sur le radiateur.
Tu vas prendre l’air pour qu’il ne reste plus que toi et la cristallisation du milieu sur ton détail.
Le cristal se forme autour du trombone que tu as mis dans l’eau. Quand l’eau s’évapore de prendre l’air au soleil, ça trombone dans ta tête.
Même en classe, sur le radiateur, ça marche.
Tu vas prendre l’air ; tu grossis avec ton détail. Ça cristallise autour de ton détail, tu es toujours dans ton milieu, mais la seule chose qui t’intéresse, c’est ton cristal.
Ton détail est devenu cristal, tu peux le présenter. Il a grossi, il est présentable. C’est plus un détail ; y’a plus de milieu. Y’a plus d’eau dans la soucoupe. Tout le monde a oublié qu’il y avait de l’eau avant.
« Et puis quoi, encore ? », ça me perturbe, j’en fais ma perturbation et ça trombone dans ma tête, ça ne cesse pas de tromboner.
– Et ton cristal ?