J’ai pris congés de moi,
De la rumeur du monde,
Des jours qui pressent le dos
Qui font des glaires au coeur et
métallisent les jambes
Des bruits de moteur dans la gorge
Du haut de ma fenêtre, les yeux rivés sur la cour en bas de chez moi
J’ai pris congés.
Dans cette cour,
aux formes vertes et
plantureuses
vêtue d’un manteau rouge de soie en automne,
j’ai senti le Ciel poser ses mains sur la fente de mon front
et j’ai respiré dans ses veines bleues.
J’ai desséré les muscles, en cotoyant les arbres,
j’ai bu à la tasse du chêne.
Je me suis enduite du souffle du bois,
De son mouvement
Les chants d’oiseaux m’ont caressé les tempes et m’ont murmuré :
« Sens tes pieds lourds sur la terre,
Laisse tomber ta nuque sur les roseaux du silence ».
J’ai aussi marché longtemps sur les ruptures du sol mouillé par mes questions sans fin
Où mènent ces vies – vastes chimères – qui nous coupent des silences et des bruits qui reposent l’âme ?