La bouée

Le temps enfonce. Le temps s’enfonce dans le temps.
Il s’enfonce dans ce samedi de fin d’été.
Il s’enfonce dans le soleil qui s’allonge, dans ses ombres qui se balancent.
Il s’enfonce dans la forêt qui vibre à intervalles réguliers, qui s’intercale entre le jour et la nuit.
Le temps s’enfonce et c’est une trouée.
Une bouée y flotte.
On s’y accroche pour ralentir la course.
On flotte avec elle.
On se ramollit.
On se déplie.
On se défait de nos surplus.
On se détache de nos surcharges.
On souffle sur nos poids comme sur poussières, comme sur nuages qu’on laisse s’échapper..
On efface, on s’efface.
On suspend son corps, son nom, son existence.
On n’est plus que ce balancier, le ressort régulier d’une oscillation.
D’avant en arrière.
D’arrière en avant.
Stable et souple.
Une mer étale, lisse, sans rides, sans aspérités.
Lent est le mouvement.
Lente cette heure-là qui ne se mesure plus en secondes mais en inspirations.
Long est l’arrêt sur image avant de rembobiner nos vies.
Jusqu’à ce que la bouée nous libère.
Jusqu’à ce qu’elle nous rende au monde.

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