Métamorphoses

Lorsque, lasse un soir, on prend la route et que le vent nous pousse dans le dos, que la pluie peut-être commence à tomber, lorsque la nuit est encore claire, que l’on s’engage dans une forêt où les ombres s’étalent sur la route de boue, où la lune pleine de mai, projette notre ombre aussi nette qu’en plein jour, que nos idées, légères enfin, file vers d’improbable pensées, qu’on commence à croire aux fantômes, aux douces chimères, qu’on croit apercevoir les courses folles des étalons de ténèbres, qu’à nous se joignent les sons merveilleux du brouillard, que l’on ne voit plus l’avant de notre roue et que l’on est chaudement enveloppé de perles et de nuit.
Quand les chênes ont des visages et des mains, que l’on s’arrête un temps au pieds d’un arbres, que nos bras l’enlacent. Lorsqu’on creuse notre terrier pour une nuit au pieds du chêne, le corps pleins de boues qu’on laisse sécher, qu’on s’enterre le plus profond possible, qu’on découvre cette autre monde, le monde des vers et des taupes, le monde des morts et des déchets enfouies, quand ce monde nous ouvre les bras, nous serre en son sein et nous transforme, que nos pieds se palmes et nos yeux s’écailles, que la pluie transforme le sol en marre, que nos poumons s’emplissent d’eaux glacées, que la parole nous quitte, quand on découvre le langage des eaux, qu’on comprend le courant et la vase, qu’on se promène dans les algues, qu’on se laisse caresser par la lune et les poissons chats, et que l’on ressort du marais pour se laisser sécher à la lune, que la vase et la boue croute, qu’on la décolle avec les ongles, tout doucement, couche par couche, et que sous la vase et la boue apparait un plumage, un fin duvet d’oisillon, que l’on pousse alors le premier cris du matin.
Alors le soleil se lève sur les mondes nouveaux et des tanières béantes apparaissent enfin les hybrides.

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