La peur

La peur
Elle en fait voir de toutes les couleurs
Accélère le cœur
Sort de l’ombre
Surgit d’un coin sombre.
Inutile de chercher, elle est là, monte, déborde.
Maligne, insidieuse, s’installe au creux de l’estomac.
Joueuse, court le long des bras jusqu’au bout des doigts, désaccorde.
Tapie sans bruit, guette pour mieux réapparaître.
Avril ou mai, elle fait ce qui lui plaît.
Dites-lui: « Même pas peur ! »
Ça la fait rire avec le plus grand sérieux.
Elle ne tourne pas autour du pot, ne passe pas l’éponge
Tape dans le mille, fait mouche, la pluie et le beau temps.
Débile, elle ne réfléchit pas, en animal, elle agit à l’instinct.
Surtout ne pas la nourrir, ne pas l’entretenir.
Mais elle se nourrit de tout, oui, elle se nourrit d’un rien.
Elle devient habitude, refuse de se faire oublier
Et quand on croit que c’est gagné, elle ressurgit.
Elle bondit et vous avec, pour un bruit inhabituel, une simple pensée,
Une image, un geste, une couleur ou parfois une odeur.
La voilà qui revient comme par erreur,
Toujours au taquet, elle prend son pied,
Poussant le bouchon, le plus loin possible, sournoise.
Elle n’a pas sa langue dans sa poche, mon petit doigt me l’a dit.
Quand elle met des bâtons dans les roues, ça marche comme sur des roulettes.

Quand vous êtes au bout du rouleau, elle a bon pied bon œil,
gai comme un pinson, tirée à quatre épingles, elle vous tient le crachoir,
n’y va pas par quatre chemins.
Vous voilà d’une humeur de chien, dans une impasse. Elle le sait.
Faîtes semblant de ne pas la voir, ignorez-la et elle fera de grands gestes.
Ce n’est pas très efficace,
Quand on la croit partie elle refait surface.
Alors, écoutez-moi bien,
Suivez ce conseil, au pied de la lettre, voici une solution pour qu’elle
Débarrasse le plancher.
Touchez du bois, tatez le terrain et attention : bouche cousue !
Tirez-lui son chapeau, flattez-la, marchez à ses côtés.
Créez des liens , soyez bon Prince et enfin là, seulement là
Apprivoisée, elle vous lâchera la main.

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