Joie

Elle n’est pas là tout de suite, avant elle il y a les pleurs

Elle ne vient pas seule

Sur la bouche de l’enfant un sourire mime celui du visage familier
Rencontre un sourire plus large encore
Un sourire plein de dents joyeuses
et des paroles
certainement des paroles.
Des paroles d’amour
de tendresse
de bonheur
des paroles incompréhensibles et étranges
un peu menaçantes.

Elle arrive à cet instant

Elle peut revenir

Elle surgit
Taper les objets
les gens
le vide
avec les mains
avec tout le corps
Poser les pieds sur le carrelage
le plancher
On la veut encore
Les cailloux
le sable
la terre l’eau la boue
Cracher la nourriture
Avec la salive faire des bulles. Crier rire
On la veut encore
Faire des bruits
de notre corps jusqu’à nos oreilles
Et des sons

Et puis des mots
Créer des sons que l’on a entendu
Inventer des mots.
Toute, toute cette joie,
ce vertige devant son immensité,
toute cette peur
toute,
toute cette joie.

Elle surgit avec le désarroi
Le jour où l’on sait tenir debout
ils glissent ensemble sous nos pieds, là où on ne les voit plus.

On la cherche.

On l’imagine cachée dans les adultes
On la veut encore
Et ils la dérobent
Ils nous la prennent en enferment les mots dans des cahiers à lignes
et en nous parlant de faute
Ils nous la prennent en l’enfermant dans certaines heures du jour et certaines circonstances
Ils la coincent dans les pas maintenant
pas ici
plus tard
ce n’est pas le moment
ce n’est pas possible
Ils nous la prennent en enferment les pieds dans des chaussures
les jambes dans des pantalons
En étranglant les cous dans des écharpes
Les manteaux doivent être fermés
Les bonnets descendus sur les oreilles
Il ne faut pas perdre ses gants
Pas gâcher son bâton de colle à vouloir recoller les feuilles sur les arbres
Parce que.
Ce n’est pas possible
Parce que.
C’est normal
Les feuilles tombent à l’automne
on ne peut pas les recoller

même pas avec les tubes jaunes même pas avec la super glu.
Mais de nouvelles feuilles pousseront au printemps toute neuves toutes vertes
Les arbres seront joyeux et nous aussi
Tu verras.

*

On la cherche moins
On n’y pense pas
Et voilà qu’elle explose
Une flambée encercle le jeune corps
Elle l’attrape
Elle le gagne
Dans les cours de récréation les enfants n’ont pas appris la différence
rires et pleurs
baisers et morsures
rage et gaieté
On comprend qu’elle se cache là, dans le lien
à côté tout à côté de la peine

On la cherche à nouveau
On découvre la nostalgie
On tient la distance
On observe
On attend
On construit un mythe

Elle revient dans le corps d’une rencontre
Il y a encore des gestes à découvrir,
des gestes qui s’inventent à deux.
Toute, toute cette joie,
ce vertige devant son immensité,
toute cette peur
toute,
toute cette joie.

*

On apprend à la contenir

A la doser
On apprend à la provoquer aux heures consacrées
Elle se dérobe
On recommence jusqu’à se fatiguer
Elle fini par se calmer

On se dit que le temps est passé
On se détache.

Elle veille
Calme et attentive
Attendant qu’on la redécouvre

A nouveau pour la première fois
Ce sourire d’un enfant
Ces pleurs de l’amie
Ce bruit dans les feuilles
Cette odeur de pluie
Ce désaccord qui brûle d’affection
Cette étreinte dégelée.
Tenir moins droit
Et avoir encore à vivre.

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