Le chasseur et l’animal

Le vent souffle à peine dans les feuillages des arbres. La lumière filtre à peine dans la clairière. Le chasseur vient d’abaisser son fusil. Il a tiré sur la fourrure qui courait à quelques dizaines de mètres devant lui. L’animal semble blessé.

L’animal : Pourquoi avoir tiré, je ne faisais que passer. Je ne faisais que traverser mon territoire. Vois ma plaie. Vois comme je saigne.

Le chasseur : Je ne fais que mon travail de chasseur. La battue a été organisée de longue date. Vous êtes trop nombreux. Vous pullulez. Vous mangez les cultures. Vous êtes néfastes, des parasites dans cette forêt. Vous faites peur aux enfants qui la fréquentent.

L’animal : Nous ne voulons de mal à personne. Nous ne faisons que vivre, nous nourrir. Nous nous tenons
loin des humains. Nous ne cherchons pas les conflits. Nous sommes des êtes vivants, comme vous.

Le chasseur : On nous rabache le vivant, ce qui l’est, ce qui ne l’est pas. Ce qui a droit de vie et de mort sur l’autre. Le vivant est ce qui respire sans piller son voisin. Mais vous, vous mangez ce qui ne vous appartient pas. Contentez-vous de glands, de sorbes. Laissez les raisins aux vignerons, les figues dont vous vous gavez aux cultivateurs. C’est leur gagne-pain. Vous n’avez pas besoin d’argent, vous. Vous n’êtes que des bêtes.

L’animal : La nature est à tous. Les arbres ne vous appartiennent pas plus qu’à nous. Nous ne faisons qu’emprunter les voies que vous avez marqué d’une croix, nous ne faisons que dénicher, creuser de nos groins la terre meuble pour trouver des racines, nous mangeons le sauvage. C’est vous qui vous accaparez les arbres, les fruits.

Le chasseur : Sans nous, ces arbres n’existeraient pas, nous les avons perfectionnés, nous les avons soignés, c’est grâce à nous s’ils portent des fruits. Vous nous volez.

L’animal : Le vivant ne vous appartient pas. Les fruits ne vous appartiennent pas. Et vous en avez assez pour vous. Vous pourriez les partager avec nous. Nos besoins ne sont pas les vôtres. Nous nous satisfaisons de peu. Nous pourrons partager les fruits. Nous sommes indispensables dans la chaîne du vivant. Aussi indispensables que les mulots ou les rapaces.

Le chasseur : Les mulots, nos chats les mangent. Les rapaces nous débarrassent des importuns, ils sont
beaux à voir dans le ciel. Ils sont décoratifs. Mais vous… Vous êtes surtout bons à manger. D’ailleurs, vous devriez être mort à l’heure qu’il est.

L’animal : Je ne vais pas tarder si vous vous acharnez, ma plaie saigne. Je me vide. Je ne suis qu’une pauvre laie. Epargnez au moins mes petits. Qu’ils grandissent, qu’ils s’ébattent. Vos petits, vous les préservez de la mort, n’est ce pas ?

Le chasseur : Oui, nos enfants sont notre avenir. Ils meurent seulement en temps de guerre.

L’animal : La guerre ? C’est quoi ?

Le chasseur : C’est tuer ses ennemis, jusqu’au dernier, enfants compris. C’est tuer pour ne pas être tuer.
C’est pour garder nos droits sur cette terre.

L’animal : Alors c’est une guerre que vous menez contre nous…

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