Le vieux
Une cuisine ensoleillée. Cuisinière à charbon.
Chaleur. Cheveux blancs.
Un tablier à carreaux blancs et bleus ou roses
Ou les deux, peut-être.
Un dos à carreaux sans visage.
Une odeur de café moulu à la main. Un bol de café brûlant, fumant.
Fumée. Dans un nuage, un son. Un son à la radio.
Une chanson, peut-être.
Un peu plus tard. Un béret. Un béret noir et un bleu. Un bleu de travail.
C’est ce qu’il dit. Son bleu. Pour moi une salopette.
Oui, ce sont ses mots, peut-être.
Une main. Une grande main. Une main de grand.
Un arbre à cinq branches tordues.
Oui, c’est ça. Une main à l’écorce traversée par deux rivières très bleues.
Vieux.
C’est ce qu’il dit, peut-être.
Un coup d’œil à ma menotte. Si lisse. Si minuscule.
Au bout d’une branche, l’arbre tend un croissant. Un croissant chaud.
Une odeur magique, feuilletée, beurre fondu.
Ferme les yeux. Une odeur ou un goût.
Oui, les deux peut-être.
Une saveur de dimanche. Un délicieux moment.
Puis là-haut un visage, ou plutôt deux yeux.
Deux yeux souriants, malicieux.
Des yeux qui savent. Un regard étoilé efface la pièce.
C’est un jeu peut-être
Un plaisir, une joie d’enfant. Un rire qui emplit tout l’espace.
Ferme les yeux et devine. Devine l’autre arbre.
S’ouvre sur un malabar.
Un malabar enveloppé de jaune. Un vrai. Un rose.
Oui, un rose et un tatouage.
Un bonhomme aux gros bras, cheveux jaunes, peut-être
Dans les yeux du grand père, le bonheur
Une larme d’amour peut être.
Dans le cœur de l’enfant, un miracle
Une petite main qui se glisse sous l’écorce
Une grande main avale la petite
Engloutie en une seule bouchée
Une petite main juste pour dire merci.