Deux voix

Elle regardait le centre de la lune, comme un astre qu’elle portait dans son ventre, rond, brûlant, humide avec des cratères et de l’eau en abondance. Elle caressait le vivant sous son nombril dévasté, la lumière traversait la peau et fendait l’espace en une cicatrice sanguine.

« tu m’entends, je t’appelle petit pois, petit bois derrière chez moi. La peur ce soir perdue dans les mots que tu as abandonnés sous le lit. Debout, tout est noir, je t’appelle, les lettres sont des ogres, je suis avalée par deux voyelles..Ou …Ou… Ou…. La fenêtre s’est ouverte et la nuit est rentrée dans ma bouche. Je mâche l’obscur jusqu’à le rendre à la poussière. Je marche l’obscur jusqu’à le rendre à la lumière. Où suis je? Je t’appelle …Ou …Ou… Ou…. »

Elle renversait son corps à l’envers du décor pour retourner dans les coulisses. Elle voulait retrouver celle qui s’était échappée au moment même où la lune s’était levée, rouge, gonflée, exaltée, derrière les rideaux. Elle croyait au crépuscule entre chiens et loups pour mettre au monde le désastre et le destin d’un astre. Elle s’enfonçait dans de petites bulles d’excroissances, d’effervescences, de lucioles et de broussailles.

« tu n’es pas loin, je te sens , tu pues le sous bois, l’humus noir, les souches dévorantes, tu fourmilles d’idées, tu calligraphies de brindilles ma cabane cérébrale, je t’appelle …Ou …Ou… Ou…. tu ne m’entends plus, je m’accroche aux araignées, à leurs broderies, point compté, point de croix, petit point… tu as disparu dans les trous sombres où s’enfoncent mes doigts. Attends moi »

Elle tissait l’obscurité avec du fil d’or, l’enlaceur des mondes dormait tout contre elle, belle au bois dormant, elle s’endormait au centre de son visage circulaire où tournoyaient des comètes. Le sang gorgeait le noyau de la lune qu’elle portait en elle, sanguinaire.

« tu craches la terre décomposée entre tes dents, je cherche les débris, les cadavres, les exsudats, les signes, les frottis, les phylactères racinaires, en brouillon sous le sol, enlacés, embrassés, ensemencés dans des nids infinis, points croisés, entrecroisés… je t’aime, je nous aime, je suis la même et l’ancienne et la nouvelle »

Elle s’étourdissait dans la clarté d’une clairière d’une éclaircie, tout vacillait sous ses pieds sous la terre, elle était grenade dans la nuit, un fruit luminescent dans les entrailles. Elle ouvrait la forêt en brassées de lumière.

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