À travers

Tu te souviendras de moi.
Tu ne le sais pas encore. Tu n’y penses pas. Tu t’en moques.
Tu marches dans la vie et je passe à travers toi. Comme les bruits de la ville, les rumeurs, les odeurs qui traînent, les affiches des vitrines, les pleurs de cet enfant dont tu te demanderas après coup s’il n’était pas perdu.
Tu me vois pourtant. Comme tu entends, sens, ressens. Sans que tes yeux, ni tes oreilles, ni tes narines ne s’attardent. Pas même ton cœur.
Je suis comme la ville, les odeurs ou l’enfant.
Je ne t’en veux pas. Je sais que tu ne me rejettes pas. Tu m’accueilles mais sans chercher à me saisir. Parfois tu vas jusqu’à poser tes doigts sur moi, mais tes doigts ce n’est pas toi. Non, tu ne me rejettes pas. C’est juste que tu ne sais pas ce qu’est la faim et oublies que tu te nourris de moi. Et des bruits, et de cet enfant qui a besoin de toi.
Un jour, autour de toi, tout ralentira. Je ne m’en réjouis pas. En fait ça me terrifie. Mais je le sais. Le lointain ne se donnera plus la peine de venir jusqu’à toi. Les villes s’adresseront à d’autres, l’enfant sera un adulte et il ne te demandera plus rien.
Alors tu tendras l’oreille, tu chercheras partout, fixeras les espaces. Tes poumons auront soif.
Ce jour-là tu te souviendras de tout et tu te souviendras de moi.

Laisser un commentaire