Il faut que tu dises les formules magiques. Il faut t’agenouiller et prier. Il faut de dépouiller du surplus. Tu
dois compter les féeries sur le bout de tes doigts. Une à une et les étaler, les étager devant toi.
Regarde-les te grandir. Tu dois leur ménager une ascension, peut-être avec ta bouche. Et les porter à bout de bras.
Et puis les étendre de ton regard.
Vois, les nuages mangent plus d’horizon que tu n’en auras jamais. Le ciel explose ses bombes dès l’aube et c’est dans les interstices du monde qu’il disperse le plus de secrets.
Vois, la pluie mutile la terre et la terre vomit sa bile dans les rigoles des ruelles.
Vois, la ville extirpe ses armes, elle les assénera si l’on ne prend garde. Les immeubles nous extorquent nos derniers mots, nos derniers moments au vert, au vent (écoute, il ne mugit plus, il s’est tu).
La vie exagère. Elle va et vient, nous troue, trouve notre pierre angulaire, notre point final.
Nos bras nous en tombent et nous nous roulons en boule, à dévaler toutes nos pentes.
Relève-toi, ne te laisse pas couler sous le tapis, avale toutes tes couleuvres. Gèle toutes tes extrémités jusqu’à ce qu’elles se brisent puis recolle-les. Gémis une fois, deux fois, trois fois (on ne gémit jamais
assez), ne te gêne pas avec ton plaisir, il te le rendra. Digère mieux tes désappointements, tes désapprobations. Jette au feu tes frustrations. Bois le jus de tes folies, leurs fruits dans les veines.
Flotte durablement dans tous tes états et observe ce qui te vient du monde. Fais tien ce temps plein, ce temps de plénitude, et jusqu’aux pleurs baigne-toi dans le blé moulu des voix, fais-en farine à tracer tes mots blancs,
ton pain quotidien.