Pass-age

C’est la vieillesse – ses rides, chemins creux et tortueux foulés par des pas sur sa peau aux stigmates des restes de joies et de peines.
Ses dents, blanches puis cassées, lourdes de plomb, d’avoir trop mâché, sont des cailloux écrasant le crapaud mou de sa langue. Ses rires sont des gouffres rougis par le feu de l’air.
Ses ongles jaunis, feuilles d’un automne avancé, molles d’humidité stagnante dorment sur ses pieds déformés. Des fleurs fanées dans ses oreilles.
Un nez qui ne s’enivre plus de la senteur des arômes du plaisir.
Sa bouche bave comme un escargot sans coquille. Flasque et lent.
Son sourire toujours le même phare d’espoir. Il clignote de moins en moins mais il éclaire toujours la pénombre de son monde.
Ses yeux, des puits presque taris par les veines bouchées d’un temps assassin. Si l’on se baigne dans son regard, on peut encore s’envelopper d’amour.
On ne sait où est passé sa jeunesse. Il faudrait ouvrir son crâne. Le coffre-fort de ses années, couvert par l’argent de ses cheveux sent bon la fraîcheur. La clé de ce coffre, ce sont ces mots prononcés comme un courant d’air, rapidement avant qu’elle ne les oublie.
Elle attrape les silences pour gagner du temps. Le pinceau de ses souvenirs dessine dans son corps des arc-en-ciel immobiles.
Ils illuminent sa lenteur. Ils illuminent le tunnel. Ce qu’il y a au bout de ce tunnel, s’éteindra comme un feu de camp sous la pluie.
Dans son crâne, il y aura les cendres d’un vie écrite ravagée par l’incendie du temps.
C’est une prière- l’espoir tend des mains sales. La terre s’abrite des chapeaux de genoux croisés. Elle compte les doigts des pieds nus silencieux puis doucement s’endort.
Les offrandes chatouillent le nez de la nuit. Le ciel éternue des étoiles. La nuit se couvre d’un drap blanc de pureté. Les mots prononcés sont un silence de l’âme. Pendant un court moment tout ne fait qu’un. Les corps, l’invisible, les mots, les astres et la terre. Collés d’espoir, tout flotte dans la puissance du moment.
C’est un instant- posé là délicatement sur le temps, savoureux, doux, vaporeux, donne une saveur aux heures amères d’une journée. Une crème chantilly qui s’engouffre dans un café, des mains qui chatouillent le corps. Une vapeur s’échappe de l’air et anesthésie l’âme. L’enfant attrape l’instant de rires éclatants. L’amoureux attrape l’instant d’un regard puissant. Le pauvre attrape l’instant d’une main tendue dans le vide. Le malheureux ne veut pas toucher cet instant.
L’heureux lui l’enlace, se prélasse, embrasse les instants un par un pour former une chaîne de libertés partout autour de lui.

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