Tu coules dans la baignoire
une pierre dans chaque poche
tu imagines un lac profond sous l’émail
une eau glacée torpeur spéciale
un engourdissement des organes
une grande sieste un peu visqueuse
tenter le geste, se noyer
Parce que tu restes sur la berge alors qu’elle nage
Parce que le sable est coupant
Parce que la mer est toxique
Parce que tu as peur en fait
Parce qu’elle te montre un minéral hanté par le visage d’une autre
Parce que tu as seize ans
Tu marches dans la rue
la morsure froide d’une lame contre ta gorge
tranche net et disparait
la main n’appartient à personne
ton sang poisse le bitume sale
les voitures t’évitent avec politesse
tenter le geste, se reposer
Parce qu’elle t’embrasse seulement les soirs d’ivresse
Parce que la texture inouïe de sa langue
Parce que sa paume contre ta nuque son avidité soudaine
Parce que la nuit tombe plus tôt dans son oeil gauche
Parce que trop souvent il fait jour
Parce que son oeil gauche regarde ailleurs
Parce que tu as vingt ans
Tu bois un café en terrasse
ta tête pulvérisée par un objet lourd tombé du ciel
le trottoir constellé de confettis de cervelle
tu colles à la semelle des passants pressés
les relents moite de ton crâne polluent la ville
tenter le geste, s’anéantir
Parce qu’elle ne rentre plus beaucoup la nuit
Parce qu’elle sèche ses larmes dans la fourrure du chat
Parce que sa peau se recroqueville sous tes doigts
Parce qu’elle a croisé une inconnue à Franprix et l’a prise pour toi
Parce que le vide sans l’attrait du vertige
Parce que tu as vingt-sept ans
Un matin enfin tu peux tenter la dissolution sereine
(je te le souhaite)
Parce que tu as rêvé qu’elle rêvait de toi
Tu as l’âge parfait, alors