Tu t’assiéras sur la chaise, la peur au ventre, les mains tremblantes. Tu l’auras redouté ce moment autant que tu l’auras attendu. Tu seras là. Tu seras face à toi plus que jamais. Il sera temps. Temps de se lancer sur la piste, de remonter la trace de ce qui t’aura façonné et qui t’aura rempli de cet embarras, de cet empêchement dont tu auras rêvé, tant de fois, de t’affranchir.
Tu te souviendras que des femmes et des hommes ont donné leur vie pour des valeurs et que d’autres continuent de mourir pour leurs idées. Ce sera à ton tour de faire preuve d’un peu de courage, d’affronter cet être intérieur. Pourquoi, d’ailleurs, ça te fera si peur ? Qu’est ce que tu redouteras de découvrir ? Tu iras simplement t’asseoir dans un fauteuil et tu laisseras les mots
faire, ils s’associeront entre eux, tels les mailles d’un ouvrage qui se tissera sous tes yeux. Tu dérouleras l’une après l’autre les choses de la vie, les grands évènements comme les détails infimes où se seront cachés peut-être ce qu’il y a de plus précieux. Telle une orfèvre, tu transformeras la matière en histoire, tu feras ressortir ce qu’il y a de plus lumineux. Tu laisseras tomber le brillant, les paillettes et le clinquant pour ne garder que le beau, ce qui pour toi sera essentiel et inestimable, là où jusqu’à maintenant tu essayais sans cesse de monnayer ton désir contre tant d’objets condamnés à l’obsolescence.

Tu exploreras ton histoire, celle des autres aussi. De ta famille d’abord, de tous ces mots qui t’auront précédée, vue naître, accompagnée, y compris ceux qui n’auront pas été prononcés et que pourtant, tu aurais aimé entendre, parce qu’ils auraient été une ressource, une aide, une épaule où tu te serais lovée les jours gris sombres. Tu rejoindras la lumière, petit à petit, pas après pas mais cela ne se fera pas sans épreuve ni concession. Tu traverseras des nuits blanches par leur obscurité, des matins d’angoisse où l’aube n’aura que la teinte fade d’une sempiternelle itération – jours désincarnés -, des semaines de repli où tu te répéteras, litanie insatiable, à quoi bon. Tu réaliseras finalement ta propre odyssée, chemin entremêlé de joies, de tristesses, d’amour et de haine, d’acceptation ou de révolte et de solitude aussi, beaucoup de solitude, que tu finiras par aimer, avant d’enfin rencontrer celles et ceux avec qui tu choisiras de poursuivre. Tu pourras alors partager, la peine et l’allégresse, sans jamais importuner, sans craindre d’en faire trop ou pas assez. Tu te détacheras de ceux qui tenteront de te happer, de réveiller chez toi je ne sais quelle peur, quelle haine primitive et primate parce que tu sauras qu’en toi aussi, persiste cet étrange étranger. Tu entendras ta langue, ses pleins et ses déliés, les mots desquels sans crainte tu te pareras pour te présenter au monde telle que tu seras, sans cesse, en train de te réinventer. Tu seras une parmi d’autres, avertie que cela n’est rien et tout à la fois.

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