Tu longeras une rivière
longtemps elle tintera
à l’orée des tympans
ses eaux seront fraîches
elles sonneront claires
quelques pierres ricocheront
en corps
sur ta peau diaphane
une pluie incolore
quelques échos de la terre
des giclures salées
elles seront flèches vives
dans l’œuf migrant
en ton ventre in-vasé
à la première contraction
un saule s’inclinera
deviendra chevelure
alors une dernière fois
tu renverseras ton visage
dans ses lianes filaments
tu plongeras dans l’eau
sans faire de remous
et laminaire tu seras
tes poumons | physalis
tes os de prêle
ton cœur|ginkgo
lamelles sombres
dans la clarté de l’onde
tu oublieras toute Ophélie
toute forme humaine
tu seras dissoute avant
d’être flux parallèle
sans résistance
sans demi tour possible
ils ne te demanderont rien
juste suivre le courant
parfois en oblique
le long d’une falaise
entre les strates karstique
les nageoires d’une truite
tu iriseras ton sang d’encre
toujours plus diluée
à la seconde contraction
une souche étrécira
tes orteils|tes écailles
tu percevras une résonance
suivi d’une déflagration
ton corps s’effilera
tes branchies s’ouvriront
ils te demanderont
de continuer de nager
sans chair|sans muscle
juste avec l’algue douce
tu chercheras en vain le sel
sur tes lèvres
tu seras lamelle obscure
presque révélée
à la troisième contraction
un esquif s’échouera
sur ton corps liquide
sans rame|sans proue
ondulatoire
en corpuscules infimes
tu couleras lentement
entre les flancs de l’eau
ils te demanderont
de frôler les fibres
semblable à toi
de sentir une pulsation
une lame de fond
tu seras multiple
vous serez multipliées
lamelles d’or
poissons brûlants
sur l’autre rive.