Premièrement
Le cliquetis métallique de la clef dans la serrure, puis le bruit sourd de mes pas sur le carrelage bigarré années soixante-dix des escaliers. Leurs soixante-dix marches me conduisaient, une fois la porte refermée, jusqu’à cette longue et interminable rue, sombre encore à cette heure matinale, dans le vrombissement des moteurs, les klaxons des voitures et leurs vapeurs. Ces monstres aux yeux jaunes, perçant l’aurore hivernale et le silence de ma solitude, ne cessaient de me tourner autour. La gare au loin.
Deuxièmement
La gare sur ma gauche. Je passais parmi les loups, figés là à jamais, condamés à regarder les trains et leur ombre offerte par la lumière des réverbères. Je les caressais, m’attardais dans cette ronde que formait la meute pour puiser de sa force. Puis, à nouveau les escaliers menant sur un joli croissant de lune en bois ; cette passerelle surplombant les lignes des voies ferrées. Seule, capitaine,
comme à l’avant d’un paquebot. Crissements sur l’acier. Le soleil freinait des quatre fers. La gare en dessous.
Troisièmement
La gare sur ma droite. J’admirais les couleurs interdites sur les murs du quartier. Invitation au voyage : personnages de Chine en plein milieu d’un champ, le bateau sur la mer avec un goéland. Hier encore ils étaient gris. Le ciel le resterait aujourd’hui, la nuit avait déjà fait don de toutes ses nuances subversives. L’air encore frais prenait vie sous mes pieds, me donnait des ailes. La voix séduisante se répandait sur les quais, me suggérant ses destinations. J’accélèrais le pas pour ne pas le manquer. Début de journée au bureau. Me remettre sur les rails. La gare derrière.