Tête à cœur infernal

Elle n’est pas stupide. Simplement, elle ne sait pas faire autrement. Elle ne peut pas s’empêcher de le
convoquer dans ses pensées. Ce n’est presque pas comme ça le jour
mais toutes les nuits, oui.
Elle n’a pas les ressources pour vaincre tout ce remue-méninges, machine à laver, tête à cœur infernal,
toutes ses nuits comme ça.
Elle n’est pas stupide, simplement, elle ne connait pas d’autres obsessions. Ce n’est ni sa faute à elle, ni sa
faute à lui, ni même à l’univers. Ce n’est rien qui puisse s’expliquer, c’est comme ça dans ses pensées toutes
les nuits, il n’existe pas d’autres issues. Ce n’est pas tout de lui qu’elle convoque, simplement son visage et
aussi sa voix peut-être ? Il n’est pas si proche d’elle mais il ne disparaît pas la nuit,
c’est comme ça.
Elle n’est pas stupide. Elle n’attend pas, plus, après son souffle le jour, simplement toutes les nuits,
comme ça, il ne peut pas s’empêcher d’être avec elle.


*

À compter de ce jour, et surtout de cette nuit, elle pourra s’empêcher. Sans pécher, sans l’abandonner vraiment, elle pourra rompre avec son image. Elle sera plus forte que ses pensées, elle fera taire son souffle dans sa tête, son visage collé à son crâne s’effacera et il n’y aura plus aucune trace de lui sur l’oreiller au réveil.
Il ne sera pas forcément remplacé. Les visages – surtout le sien – ne se remplacent pas. Un jour peut-être ou plutôt une nuit comme ça, un autre, une autre, se glissera dans ses pensées, lui fera de nouvelles cachotteries cérébrales sous la couette.
Simplement, à compter de ce jour-ci et de cette nuit proche, prochaine, elle n’aura plus besoin de ce visage lointain pour exister. Elle n’est pas stupide, elle sait combien la vie s’échappe, le train à grande vitesse et tout ça…
Elle respire, enfin, elle accepte. Elle accepte, le tête à cœur et le tournis permanent. Elle ne guérit pas mais
elle s’en fout.
Elle respire. La sensation d’un presque renouveau, elle retire ses draps et les met dans la machine à laver. La machine fait du bruit, elle tourne – un visage passé dans son tambour – et elle, elle respire.

Laisser un commentaire