Une suite sans fin

Il parait qu’il existe un endroit où les chiffres sont rois, où ils valsent sur un son répétitif et constant. C’est un monde où les humains n’ont plus de mots et plus aucune issue non plus. Ils restent là, enfermés dans des lieux clos en s’agitant à l’intérieur, parce qu’ils vivent tout de même et que le propre de l’animé c’est le mouvement. Ils croient à leur affaire, ils s’affairent pour de vrai. Les chiffres et les nombres arrivent sans cesse, par centaines, par milliers, par millions certains jours.
Ils dirigent tout là-bas. De temps en temps, on entend une voix qui semble venir de loin. Elle est à la fois douce et obligeante, irrésistible et impérieuse. D’un timbre monotone, elle énumère des listes de numéros, les hommes et les femmes font semblant d’y comprendre quelque chose et alors ils se mettent en marche. Les enfants suivent, ils sont bien obligés. Ils ont appris à se taire aussi. Ils ne posent aucune question. Ils ferment les yeux. Ils se dirigent à l’oreille. Chiffres impairs à gauche, chiffres pairs à droite. Doublons, ils montent et quand la liste excède trente suites déconcertantes, ils redescendent. C’est leur quotidien parait-il. Ils mènent une drôle d’existence mais on m’a dit qu’ils en redemandaient encore, qu’ils en voulaient toujours plus. Ils prient la voix pour qu’elle continue d’énumérer, été comme hiver, nuit et jour, dimanches et jours fériés compris.
Elle est leur seule direction en somme. Ils ne sont ni heureux ni malheureux, ils ne semblent pas souffrir. Ils suivent les traces numériques voilà tout, ils ont décidé que c’était leur destin. Ils sont comme endormis, hypnotisés, ni vivants ni morts. Il y en a que ça sauve d’enlever l’idée de la fin comme ça.

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