J’étais plaine incendiée de soif, djebel enrobé de ciel.
Je suis tranchée boueuse gorgée de peur, ciel furieux que les hommes déchirent.

J’étais chasseur le meilleur de ma tribu, berger paisible qui s’en remet aux écritures.
Je suis corps instrument de guerre, chair qui a mal qui a froid, corps qui ne compte pas.

J’étais assez.
Assez fort. Assez jeune. Assez courageux.
Assez français pour en mourir.
Je suis trop.
Trop africain trop arabe trop musulman.
Trop étrange pour être français.

J’étais le tirailleur, le combattant, le soldat.
Je suis le fils du fils, la mémoire fragile, la parole pudique. Qui parle bas, qui parle faible, qui
parle maladroit. Qui parle quand même. Qui dit je suis le Français africain, le Français arabe,
le Français musulman. Qui dit ce que j’étais je le resterai, ce que je suis je veux l’être aussi.

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