À présent,
tu marches
tu ne sais pas vers où aller
tu marches
simplement
sans t’arrêter
tu tâtonnes tu cherches
le mot juste l’endroit
la place où tu peux doucement te laisser glisser, suivre
le flux le courant
là où ça te mène là où ça te porte
là où tu pourras simplement
te laisser couler
dériver
tu tâtonnes
tu cherches à te rappeler
tes poches sont pleines mais tu ne sais pas de quoi
tu marches
persuadée que la répétition raconte
que la répétition révèle
que de la répétition pousse
autre chose
quelque chose
quelque chose d’autre
de toi
alors tu marches tu marches tu marches
tu suis cet élan
tu suis l’impulsion le mouvement flou du geste
le balbutiement, tu suis
cette envie farouche le décalage
un pas de côté un côté tout court un côté sous-côté
un côté bien droit même si un peu tordu
tiens il en vient un autre là
de guingois c’est peut-être ça
qui l’a dit déjà ?
tu marches
pour marcher,
pour cette torpeur pétillante
cette pointe dans le ventre
ce cri qui jaillit
quand ça rit
à l’intérieur de toi
quand tu écris aussi
ça rit
à l’intérieur de toi
quand ça se fiche de l’ordre des mots de l’ordre des phrases
quand ça se fiche du sens
quand ça parle quand ça bruisse quand ça vibre
quand ça jaillit
Alors tu te laisses glisser
tu laisses
glisser
ce qui dans ton ventre dérive
tracera
un sillon un sentier
un chemin
tu voudras voguer à contre-courant
pour sentir le courant
pour t’y laisser glisser
à nouveau
comme une enfant
tu défieras la pesanteur
tu courberas
le point la ligne
tout ce qui a fait ton regard
même le vocabulaire
tu apprendras à désapprendre
tu parleras dans des langues que tu croyais connaître
mais tu ne reconnaîtras pas
ces mots bancroches qui s’échapperont de toi
ce sera
comme un premier cri
comme un premier pas
qui s’avance sans savoir
juste parce que c’est
là