On l’appelait la voyageuse immobile.
On évoquait le voyage de Proust dans sa chambre lorsqu’on parlait d’elle.
On lui disait que c’était malsain de rester assise sur son canapé le regard en dedans.
On se demandait ce qui passait dans ses yeux opaques.

Elle répondait.
Rien.
Il ne se passe rien.
Je suis un vase.
Plein de larmes.
Si je bouge,  les larmes vont couler.
Se déverser.
Sur le canapé.
Dans la pièce.
Dans le couloir.
Sur le trottoir.
Et noyer la ville.

Je ne veux pas bouger. 
Me déverser.
Tourner la tête.
Et puis.

Il est entré.
Il n’est pas resté sur le seuil.
Il a ouvert la porte.
Il a apporté.
Son odeur de mer.
De vent.
De ciel.
De sable.
Il a dit.
Je vais vider le vase.
Assécher les marais salants.
Tisser des passerelles.
Tu n’auras rien à faire.
Juste danser sur le bout de tes pieds.
Et partir.

Seule.
Là où le vide se remplit.
Là où la nuit s’éclaircit.
Là où le seuil devient passage.
Là où le charbon devient diamant.

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