Revue Miroir

La revue des ateliers d’écriture de Laura Vazquez.

Étiquette : atelier avec les pharaons

  • Crache tes dents,

    Sèche dans le vent, sèche et trique dans le sang

    Coince le franc qui se pompe et se repends

    Soulèves la marque du cycle lent

    Fond ton pardessus pardessus

    Racle tout racle encore

     Encore plus fort

    Pigne chigne choigne

    Rauque de vie rauque de la, rauque de si

    Effouille ta marmouille

    Flotte ta lotte, rote

    Contre moi mon ame

    La c’est fini rote, rote encore

    Encore plus fort.

    Viens la motte contre, la

    Si bête si prête, enlarmouillée de ras

    Toute menue nue , toute chenue

    Pose ta tête la. la.

    Pète, hocquete , sur le tas

    Tatatère douce pétulère

    Chelmine un peu la, tout bas,

    Pur murmure, éraflure si tant

    Que jamais ne fut la pauvre bête aimant.

    Reste la , dans mes bras.

    Fluide écartelé de larmes

    Fibre de doux remords

    Sommeille en mon corps

    Dors dors et rêve encore

    De chasses carnassières,

    de petites mortes en bière

    de flou, de doux de douces famouilles,

    scrabouille qui me mouille et me mords encore,

    abandon de la bête, abandon du bandon, lachez les sons

    lachez le fond.

    Viens sors de ton corps et viens éclore la tout bas, tout chat ,

    doucement la, si la, di da, ta tête sur.

  • Ça commence entre chien et loup, ce moment où la lumière s’émousse doucement. L’ombre bleue survient progressivement. Elle envahit d’abord la terre, les arbres. Elle se dessine en nappes, en nébuleuse un peu floue qui recouvre ce qu’il reste à voir. C’est le moment où les yeux se plissent pour distinguer encore quelque chose dans l’obscurité. Pour s’habituer au noir. Elle s’avance à son rythme, s’étend, se répand. Elle repeint. S’éternise. Le paysage se brouille dessous, puis disparaît.
    Toujours ce mouvement lent, comme ralenti, suspendu, surprend par sa radicalité.
    On dit qu’elle tombe mais c’est faux, la nuit noie.

  • Creusée et remplie. Creusée la terre, lignes des murs invisibles, pas encore montés. Remplie la terre, encore humide et déjà remplie de ce qui n’est pas elle. Oubliée la terre, quand on l’a coulée et recouverte. Dissimulée, abasourdie la terre par le bruit des travaux. Le bruit recouvre tout, et les enrobés, et les mots comme un tapis. Ça s’empile par couches, jusqu’à perte de la base. Ça tient debout, ça tient tout seul, ça lévite. Les papiers peints tendent leurs voiles, et le placo lunaire. Les jours et les années, et la déchirure minuscule, jusqu’au grand retour.

  • Depuis qu’il fait bleu
    les hommes confondent
    le jour et la nuit
    leurs yeux sont rouges
    à force de scruter
    l’horizon en quête
    d’étoiles ou de soleil

    Depuis qu »il fait bleu
    les sons ont déserté
    les villes et les foyers
    et les voitures écrasent
    mollement les piétons
    dans un silence acqueux

    Depuis qu’il fait bleu
    les oiseaux se cognent
    contre les murs rèches
    et leur sang se fige
    dans l’air glacial
    du jour ou de la nuit

    Depuis qu’il fait bleu
    les arbres ont perdu
    leurs racines et
    leurs branches desséchées
    crachent leurs feuilles
    sur les sols qu’aucune
    ombre ne berce

    Depuis qu’il fait bleu
    les saisons ont le goût
    acide des oranges
    elles s’empilent sans
    se succéder
    les unes aux autres

    Depuis qu’il fait bleu
    moi qui vous parle
    attend fataliste
    d’être englouti par
    la vague du remord
    d’être à l’origine
    du bleu carnivore

  • J’ai revu la maison
    Naturellement,tu n’es plus là
    La maison aussi semble disparaître
    lentement
    Comme si elle reconnaissait ton absence
    La mauvaise herbe a conquis la cour
    Les murs d’autrefois ont été pilonnés par les pluies
    Le toit accueille avec profondeur les vents
    Et les coins sont maintenant habités par les araignées
    Leurs toiles recouvrent nos souvenirs

    Ta voix s’est tue

    Le silence a remplacé la musique de l’enfance
    Et ton corps doit être depuis longtemps entièrement uni à la terre…

    Moi aussi j’ai changé
    Au lieu d’un sourire, j’ai un rictus
    désormais
    Et le temps dessine ses lignes sur mon visage
    J’ouvre le livre de la fin

  • Ca commence par un baiser 

    chaste, presque fraternel

    tu te recules, tu me regardes

    tu reviens, tu t’accroches

    tu t’en vas je te rattrappe

    ta bouche s’entrouvre un peu

    laisse entrer ma langue 

    plus loin

    on ne se touche pas

    le temps que nos bouches se reconnaissent

    je lèche doucement tes lèvres

    en bas en haut je sais

    de ma joue à mon cou tes doigts

    descendent pendant que ma langue s’enroule un peu plus 

    à la tienne tes doigts 

    jouent de moi comme d’un instrument

    passent dessus dessous tes doigts

    écartent s’éloignent

    savent mieux que moi

    quoi faire comment pourquoi

    je suis toujours surprise

    par l’éclair vif comme un coup d’épée dans toute cette eau

    au milieu des vagues longues et lentes

    vite tu dis monte viens

    je monte tu glisses

    glisse est ton mot

    et la vague gonfle jusqu’à la gorge

    chaque cellule existe pour les autres

    le rythme est à moi mais parfois tes doigts

    impriment sur mes hanches

    quelque chose de plus dense

    commence à résonner je ralentis

    j’aime te sentir à peine j’aime

    que le mouvement soit si lent presque inexistant

    chaque cellule se cristallise se tend

    comme un flocon, un diamant 

    je me rapproche

    tu sais tu mets tes doigts

    dans ma bouche

    et délicatement touches 

    mes tétons comme des boutons

    ça devient aigu lancinant

    les eaux montent

    les cristaux se multiplient derrière mes yeux

    autour de moi tu sais parfois

    tu dis mon nom et parfois pas

    parfois tu me regardes tu me souris tu dit l’amour et l’abandon

    tu t’enfonces au fond de mes yeux

    tu fonds à l’intérieur de moi

    tu n’existes plus

    un tsunami rose violet, translucide

    submerge et absorbe à la fois un cri 

    transperce les étendues désertes

    et le plaisir est la seule chose qui reste

    avec tes doigts.

  • Alimentés par l’envie constante d’apprendre, l’esprit et les yeux s’éveillent enfin, avides de nouvelles perspectives. Les mains caressent sans cesse de nouveaux supports, saisissent de nouvelles matières, neuves ou inventées, ridées ou florissantes, et s’agrippent de plus en plus fort à l’essentiel, tandis que s’approche une mort certaine, un lâcher-prise impose alors son évidence.
    Rien ne dure. Toujours se réinventer. Le cerveau se réveille neuf chaque matin, prêt à enterrer les cellules mortes de la veille, dans une joie d’observer ce qui vient après. Les changements deviennent sources d’un bonheur que la curiosité appelle et nos sens profonds dans l’âme et le corps, découvrent à chaque seconde l’instant merveilleux qui se renouvelle sans cesse.

  • A la New Tate Gallery
    Devant un écran
    Fascinée
    Des airs de vieux tableau
    Des teintes Flamandes
    Un mur sombre, une nappe claire
    L’ivoire d’une coupe
    A la base à peine ébréchée
    Une pyramide de pêches duveteuses gorgées de soleil
    Rondes et pleines
    Le grenat intense des prunes
    Le tombé d’une grappe de raisin
    Une corne d’abondance
    Silencieusement
    Le grain pourpre du raisin se couvre de gris,
    La peau de pêche se flétrit, se plisse
    Les fruits se fondent l’un dans l’autre
    Les couleurs se ternissent, se verdissent
    Les mousses grisâtres se dressent peu à peu
    Gonflent de jus, s’épanouissent de moisissures
    Apogée de festin intérieur
    Puis le repli,
    La nécrose des courbes
    Jusqu’à blanchir,
    Devenir suie
    L’ivoire se couvre
    Un nouveau Pompéi
    L’irruption terminée
    Après la pluie de cendres
    L’empreinte en creux
    Des formes sur un compotier
    Silence
    Tombe le rideau noir de l’écran
    5-4-3-2-1
    Apparaît à nouveau
    Sur le mur sombre et la nappe blanche
    La corne d’abondance

    A la New Tate Gallery
    Pixels de Nature Morte

    Le Fixe devient Mouvement

  • Il commence à pleuvoir et c’est le ciel qui trébuche,
    c’est un toit de mousses grises qui se fissure
    et tombe ses rayures dans l’oblique du vent.
    Il commence à pleuvoir et c’est le dos qu’ils cambrent
    C’est le corps qui exulte à revers
    Et se faufile sous l’arcade tendre des nuques.


    Il pleut des perles, des cordes ou des hallebardes
    Et c’est un monde qui court, oppresse, entraine
    dans sa hâte les pas trop gourds pour une danse
    Il pleut à verse, à flots, à grandes marées
    Ce sont les yeux qui font rivage, les paupières qu’il faut taire
    Dans le ressac acéré des larmes


    Il tombe des cendres, des étoiles filantes
    C’est ton ombre dans les flaques
    Ton corps sous mes bottes
    Il commence à pleuvoir et le ciel sourd et sévère vacille
    Il disperse
    Tes éclaboussures

  • Au départ un élégant monticule bicolore sorti tout droit de la machine.

    Après une pression maitrisée de la main du vendeur, la glace, propulsée dans le cornet,

    se tient droite encore, comme un clocher tors.

    Très vite, le sommet est pompé par une bouche gourmande et impatiente.

    Les coups de langue répétés contentent le suceur qui transforme petit à petit la flèche en dôme.

    Il unifie les bords et veille à ralentir l’écoulement de la crème.

    Le mamelon s’arrondit, les couleurs de mêlent, la calotte rapetisse et le cornet perd de son étanchéité.

    Tu lèches jusqu’au trognon, tu en as plein les mains

    Et tu vas jusqu’au bout,

    Jusqu’au bout rassasié et comblé.