Putti

Moi, Michelangelo Buonarroti, pour que ma sculpture soit parfaite, il faut toujours que je procède à une sélection rigoureuse. Je choisis les meilleurs modèles de bambini pour être fidèle à la fraicheur de l’enfance. 

Alors quand j’aurai réussi à disposer aux pieds de Cupidon ou Diane, tel ou tel petit putto, rond et délicat, je mettrai deux cierges tout à l’heure à la basilique Sainte-Marie de Trastevere. Je dois terminer la commande de Jules II, il Santo Padre, en fondant chaque petit ange dans le même caractère de l’innocence charmante et ingénue. 

Bien sûr ces petits anges, certains sont de petits démons, n’ont pas forcément la qualité d’endurance pour poser longtemps. Je paie leurs géniteurs, bien contents d’avoir laissé couché à l’atelier, chacun d’eux des jours et des jours, maintenant leurs têtes rondes bouclées, le poing sous la joue. Il est malaisé d’être jeune modèle. Je préfère de loin les modèles masculins  auxquels je fais subir des tensions pour révéler leurs magnifiques muscles. 

Et, si se mêle, un matin, à l’atelier, un difficile caractère, comme celui d’enfants  mal levés, je ne dis pas mal élevés,  sur ce troupeau de cherubini, alors il sera pris de contorsions difficiles à supporter par  de jeunes êtres craintifs et peureux. Mon travail en sera certes ralenti, je serai furieux, et il faudra me séparer de certains et reprendre inlassablement le ciseau, le maillet et la pointe. 

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