Il était une fois une fille aux cheveux couleur de miel et une fontaine ronde. La fontaine était vide. Une pierre se dressait en son centre. Au fond de la fontaine, et comme cela put sembler anormal, il faut répéter que, aussi étrange que cela puisse paraître, il n’y avait plus d’eau.

La dernière goutte, tombée sur le parapet des siècles plus tôt, avait rencontré de la mousse. Grâce à cette ultime goutte, la mousse n’avait pas totalement séché. La fille à la chevelure d’or avait recueilli la mousse dans la paume de ses mains. En avait formé un nid, bien rond, d’un vert ardent, et qui donnait l’impression d’être molletonné.

La goutte avait prolongé ses effets aqueux dans le nid de mousse. La jeune fille disait : « au creux de mes mains, la mousse a fondu en larmes ». Les larmes avaient coulé, et la mousse avait proliféré en longs filaments de vase vert jade, tels que ceux que les rivières abritaient. La fille s’y prenait les pieds lorsqu’elle nageait le long des berges sombres. Elle aimait ce contact doux et poisseux. Elle sentait des cheveux à ses pieds.

Le soir, alors qu’elle assemblait ses mains en un cœur tiède, en guise de prière à la fontaine sans eau, elle vit naître de ses paumes ligneuses et blanches un monceau de mousse. C’était inattendu.

De ce réseau verdâtre naquit un globe gros comme une agate. Puis, un œil se forma. Un œil tout à fait humain. Blanc. Avec une pupille et un iris. Strié dedans. Brun, ambré, lumineux comme une bière. De longues broussailles l’ornaient.

L’œil était humide et bien vivant : il battit des cils. Elle passa sa main dessus, pour refermer le battement, puis, c’est une paupière qui se dessina. Cheveux de miel et œil d’ambre : elle n’avait pas besoin d’un troisième œil alors elle plaça le bourgeon dans sa poche toujours humide.

Depuis lors, elle exerça ses talents de médium.

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