Un lac et un torrent
Parlementent sous la pluie
De qui prendrez-vous le parti ?
—Moi, je suis calme et avisé,
dit le lac
L’été je clapote
Et l’hiver je me glace
Mes ridules de sagesses
Sont souples et douces
comme la peau du lait.
Quant à toi le torrent
Tu ne vis que dans l’instant
Ton flot vif-argent
N’est que babillages
Il discourt dans son lit
Sans jamais s’apaiser
Et le torrent contrarié,
Ne manque pas de rétorquer
—Pour moi, pétard,
Tu n’es qu’une flaque d’ennui
Un vrai puit à potage
Un coup de chaud
et tu t’assèches,
Vieux crapaud
Dans ton fauteuil bourbeux
— Je boue pas, j’érode
Fripon insolent
Retourne donc chez ta mère
Dans les tréfonds de la terre
Ça nous f’ra des vacances
Tes enfantillages nous épuisent
Nous les vieux
Les gardiens de ces lieux.
— Comme tu voudras,
Se rengorge le torrent
Mais je gage que sans ma course
Jusqu’à ta vase
Tu désemplisses à grands pas.