Elle ouvre la bouche et aucun son n’en sort. Ses yeux se plissent en une fente mince, minimale qui semble filtrer la lumière autant que ses pensées. C’est par absorption des rayons qui pénètrent dans la pièce, exposées en particules, une suspension pailletée qui retombent en tourbillonnant autour d’elle.
La lumière entre, la traverse et synthétise des émotions, l’esquisse d’un sourire, l’esquive d’un tourment. La lumière tourne et fouille. A cet instant, quelque chose s’éclaire en elle qui s’épanouit sur son visage. Je sais ce qu’elle s’imagine. Toujours elle revient dans sa journée à cette évidence. Le décompte du rythme, les pas, les variations. Elle chorégraphie, voilà ce qu’elle fait. Et les mains prennent le relais de la bouche muette mais mouvante, dessine dans l’espace :
une danse.
Elle a toujours procédé ainsi depuis qu’elle est toute petite, prenant modèle sur ses professeurs, sur les professionnels qu’elle a croisés. Les mains ont leur grammaire propre, déliées, leur grâce est un langage. Elle tournent, se tendent, orientent, graciles, les doigts. Chaque mouvement est une indication du corps. C’est ainsi qu’elle crée.