- Laisser vous d’abord toucher par les vacarmes du monde et leurs échos d’effondrement.
C’est douloureux, certes, mais indispensable pour réveiller en vous un sentiment de révolte
et d’indignation trop longtemps enfouis dans les impératifs concrets du quotidien. Vous
pouvez y mêler des sensations de tristesse, d’empathie, d’impuissance, ainsi qu’un fond de
colère, afin de former le sol dans lequel vous enracinerez votre quête. - Adressez-vous ensuite au ciel, jusqu’à ce que son silence vous soit insupportable. Servez-vous
de poèmes et de mots de louves, de souffles de nuits et d’échelles de Babel, usez vos genoux
à la seule hauteur de ceux qui sont tombés - puis levez la tête vers les nuages, trempez-la dans des pluies qui feront enfin fleurir les
déserts - et laissez-vous traverser par les poussières d’univers, laissez-vous bouleverser par les fusions
de nouveaux noyaux. Réinventez l’histoire des particules élémentaires, foulez leurs sentiers,
arrosez-les de nuits - choisissez celles-ci de lunes pleines et de marées sauvages, laissez-vous porter par la brume
des étoiles, faites de votre corps une plume - et trempez-la dans l’encre discrète des gestes tendres, des gestes doux. Distribuez-les
comme des pamphlets. Répandez-les sans calculs ni philosophies. Dispersez-les comme des
vents fous. - Il se pourrait bien alors que naisse une faille de clarté dans les trous noirs du monde. Une
faille aux allures de croissant.