C’est comme s’il y a des odeurs, que je ne sens même pas, mais qui sont là et qui réveillent quelque chose à l’intérieur de moi. Ça ressemble à un boitier manuel qui dicte où mon regard doit se poser.

Et mon regard se pose sur les choses plus gênantes, c’est justement les choses que je ne veux pas regarder. Immédiatement, je me trouve en train les fixer et les autres doivent voir que je regarde.

Mais à ce moment-là, je suis déjà partie, je suis devenu un bruit de klaxon et je ne sens plus rien de ce qui m’entoure, à part ce que je fixe. C’est comme si je n’avais plus de peau et que je flottais dans l’espace. Et j’englobe ce que je regarde.

Mon plexus, mes mains et mon ventre sont à des endroits différents, je ne peux pas vraiment sentir où ils sont dans la pièce parce qu’ils sont dans un genre d’univers parallèle, assez lointain.

Mais je les entends. D’eux proviennent des cris stridents, dedans le ventre j’ai des gens qui meurent et qui voient un aliment qui pourrait les sauver. Et qui le veulent à tout prix.

Il y a beaucoup de gens, beaucoup de cris. Et comme à ce moment-là, j’ai l’impression d’être l’espace tout entier, je crois que je fais quelque chose pour sauver ces gens mais je ne peux pas dire quoi. Il y a trop de bruit, et je ne me souviens pas.

Je ne me souviens pas de ce que j’ai vu.

2 commentaires

  1. Avatar de Inconnu

    Bonjour,

    Je souhaiterais proposer un texte pour votre prochaine édition, le voilà, dans le corps du mail :

    Odyssée d’un corps à la dérive: les tourments. Aux frontières de l’humanité, une vie en ehpad se résume aux cris, à l’affolement et aux allers retours incessants de patients impatients qui n’atteindront jamais leur but. Ils cherchent tous à aller chez eux et ce chez eux c’est ici mais ils ne le savent pas. Tout à coup, on te prend pour qui tu n’es pas. Comme si ton visage et ton corps avaient pris une autre forme, dans la soudaineté d’un regard bref qui en dit long. Et c’est encore ce corps étranger qui s’approche te parle, te prend les mains, te sourie et que tu ne peux repousser. Pourtant on ne se connaît pas. Puis encore cette odeur. Encore ces râles. Encore l’inconnu. Aujourd’hui me lasse. Je suis épuisée Je n’ai plus envie. Je crois que toi non plus. Tes gestes sont automatiques, Je crois que tu fais tes Cannes à pêche Ta femme essaie de te faire manger Ça ne t’intéresse pas vraiment et puis l’habitude reprend un peu. Il te faut Tes deux mains pour tenir ce sandwich au saucisson. Tu manges presque en dormant. Tu ne trouves pas ta bouche à tous les coups, et manger devient un challenge. Cette dame a côté de moi qui râle, souffle, est toute voûtée, fourbue, et demande ce qu’elle a fait au bon dieu?, pourquoi?. Quel monde de fou La folie environnante. La folie entre par effraction. Une effraction de seconde je ressens la détresse, la fatigue, les pleurs de mon corps, vidé tout à coup, de toute énergie. Avancer, sourire, manger, gérer… Tout me vide. Absolument tout. Alors le soir quand je rentre, le trajet est un sas où les larmes coulent. Souvent mon crâne me fracasse et mes tempes se resserrent comme un étau. J’ai mal. Et je réalise que c’est mon corps aussi qui dérive. Mon esprit fatigué. La joie de vivre qui s’estompe. Les sourires fanés. Le dos qui tire. Les muscles qui raidissent. L’inquiétude parsemée, en dose homéopathique, au quotidien.. C’est un coup de fil à 20h, qui sonne l’alerte de la mauvaise nuit qui s’approche, d’un voile silencieux et pervers.. Alors la nuit s’avance et le silence a jeté son coup d’éclat. Non, je n’eteindrai pas mon téléphone. Oui, je vais rester aux aguets. Sur le « qui vive ». Toute la nuit. C’est inconscient. Je n’ai pas choisi cet état. Je subis. Je m’en rends compte au lever du jour lorsque ma première pensée se tourne vers mon téléphone. Y aurait il eu un appel que j’ai manqué? Non. Son corps a passé la nuit. L’esprit humain est ainsi fait. On garde espoir. On vit l’espoir. On veut l’espoir… Mais je l’aime, je comprends sa souffrance et je le sais: il en a assez. Il faut arrêter d’espérer qu’il passe des étapes. Il faut laisser aller et se dire qu’on va s’accompagner. Il ne reste plus que l’amour. Alzeimher ne nous aura pas pris ça.

    Je vous remercie.

    Ah oui, une petite bio:

    Catherine Ibanez, auteur en herbe depuis tous jours, consacre sa vie à sa famille, ses élèves et l’amour des livres et de la littérature.

    A bientôt,

    Catherine

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