Rage

La rage ça me prend de face, de plein fouet. D’abord, ça bouillonne, ça gonfle, ça vibre comme si les vitres de mon visage allaient se briser. Le couvercle que je tente de poser sur ma colère ne tient plus. Il se soulève à chaque fois que quelque chose m’écorche le cœur. On dirait que je suis une cocotte minute au bord de l’explosion. Ça siffle quelque part. Pour prévenir que ça bout. Que je suis à bout. Au bout du bout. Que dans un instant ça va péter. Bombe à désamorcer. La soupape, la valve, le clapet anti retour ! Mais ça ne suffit pas. Ça finit par déborder. Le feu sous la cocotte ne s’éteint pas en tournant le bouton. Si tu souffles dessus, le feu ne s’éteint pas, il se réactive, il reprend du poil de la bête. La bête c’est moi. Ma mâchoire : crocs plantés dans ma propre bouche, ma proche chair, retournés contre moi. Mon poil se hérisse. Rien ne peut me caresser. Mon poil est dru comme un tapis de fakir, une plante épineuse, un cactus. Celui qui pose sa paume risque gros. Il risque un jet ininterrompu de mots assassins, de phrases vénéneuses. Qui sait qui en sortira suffisamment indemne pour souhaiter encore ma compagnie, qui sera encore assez brave ou fou, qui sera suffisamment immunisé pour s’immiscer entre ma rage et moi.
Ma rage et moi, on ne fait qu’un.

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