Veuves

Elle a enroulé sur sa tête
un châle sombre qui retombe
sur ses épaules.
Elle avance pieds nus
dans ses chaussures déformées
pressant un maigre ballot de linge
contre sa poitrine.
Sa chevelure a blanchi.
Son regard est aussi froid
que l’air de la montagne
aussi limpide que l’air
du Mont Qassioun.
Ses chevilles et ses poignets
sont couverts de terre
de sang et de poussière.
Le ciel peut gronder
ou passer à l’orage
le sol peut trembler
ou se fendre
elle poursuit sa route
elle emprunte des voies
défoncées
elle vacille sur les pierres
tranchantes
elle tombe
elle se relève
elle tombe
se relève encore
elle
dévastée.


Ces ombres entrevues
ces femmes, ces fantômes
où vont-elles, qui sont-elles ?


Elles n’ont plus de voix
pour le dire
elles ont soif
elles ont faim.
elles souffrent.
Sur tous les chemins
les maisons sont en ruine
la terre a brûlé sous les bombes
les hommes font la guerre
et les enfants sont morts.
Alors, elles vont là-bas
ou ailleurs qu’importe
puisqu’elles ont tout perdu.
Elles marchent entre les tombes
sur les cendres
et parmi les décombres
sans espoir et sans but
hormis peut-être celui de fuir
le désastre et la mort.

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