Histoire d’eau

L’homme s’est assis sur un vieux banc malgré les cordes que la pluie lançait et laçait sur le bois de l’un, le cœur de l’autre. Mouillés, glacés.  Plus rien de sec ici. Les gouttes serpentaient, se coursaient, fusionnaient. Il croyait ne plus avoir de larmes pourtant… N’avait ni joie ni peine, ni haut, ni bas. Néant.
N’était ni beau ni laid ni lourd ni frêle. Vide. Aucun poids ne pesait sur ces planches. Cet homme se fondait dans le paysage. Transparent. Bientôt on lui marchera dessus. Splash. Et ce ne sera la faute de personne. Personne. On ne l’aura pas vu, pas entendu car voilà bien longtemps qu’il ne parle plus. À force de crier, sa voix s’est rompue et tous ses gestes, à l’eau sont tombés, nus.
Elle s’est laissée choir au milieu du banc en riant. Bruyante. Un jambon-beurre en bouche sous un parapluie rose flashy dégoulinant de mauvais goût. Elle adorait la pluie, ses orages, ses rivières et sa boue. Arc-en -ciel. Quelque chose de l’enfance ; les bottes qui claquent dans les flaques, les escargots qu’on suit à la trace. Un soupçon de paradis ; le frais ruissellement des gouttes sur la peau chaude. Ah cette eau vive qui comblait tous les trous!  Libre. Oh cette flotte qui chavirait les sens! Débordante. Le Pétrichor : l’odeur après l’averse. L’homme : son odeur après l’averse. La plongée dans
le désir, le plaisir en geyser. Se noyer tout entière dans son cou…

  • “Ça vous dirait monsieur, un petit coin de parapluie?”

Laisser un commentaire