Là, toujours

On ne le dit à personne : partout, des euphémismes.
Elle est partie,
Il s’en est allé.
Même pas des euphémismes – de brutales fantaisies, de crasseux mensonges.

Ni lui ni elle ne marchent,
ils sont allongés, arrêtés, immortels, et nous rêvons qu’ils s’en aillent
que leur souvenir douloureux n’occupe plus le canapé et la première barquette de fraises
que le chat n’ait plus cet air étonné, qu’il cesse d’attendre le retour.
Ils ne sont pas en voyage, ils n’ont pas déménagé.
Dites-moi la vérité : ils sont désespérément là,
bientôt dans un innocent escargot, une marguerite
– ou c’est encore un mensonge à moi-même pour remplacer celui des autres.
Ils sont là ils sont poussière et au mieux un ver.

N’est-il pas plus doux de les savoir encore parmi nous plutôt qu’envolés vers un ciel qui
demande tous les sacrifices ?
Mensonge impie aux épines couvertes d’un velours trompeur,
il n’y a que vivant que l’on peut partir.
Pressons-nous de nous en aller car bientôt morts nous n’irons nulle part.

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