Tu ignores encore tout de l’histoire que je vais te conter. 
Tu ignores encore tout du lieu et des actions passées. 
Je perçois une curiosité dans ton regard, un appétit pour la nouveauté. 
Mais je viens de l’affirmer : cette histoire est passée. 
Tes sourcils interrogent, dessinent à la plume une ligne de questions. 

Je ne le dis qu’à toi : dans ce massif de l’étoile, il y a une grotte.
Un ermite y a vécu presque deux années, puis a repris la route. 
Un autre a séjourné 30 ans, ce n’est pas rien 30 ans, ce n’est pas rien, jusqu’à sa mort. 

Mais ce n’est pas dans cette grotte que mes yeux se sont plissés pour mieux écouter. 

C’est dans une autre, une qui parle de vie, une grotte formant chapelle pour la parole d’une poétesse habituée aux falaises de craie. 
Pupilles dilatées en découvrant le lieu, bougies dans anfractuosités attirent nos yeux, forment couronne pour celle qui va nous dire, nous souhaiter d’être nous, nous éveiller aux regards du dedans, aux regards du dehors. 
Aux aguets, nos rétines transforment les signaux lumineux en ouverture de l’esprit et du corps. 

Il fait froid, et ce n’est pas un détail dans mon récit. Il fait froid. 
Visualise le lieu comme un endroit où nous nous sommes couverts, où nous nous serrons les coudes, où nous sommes très proches, où nous cherchons chaleur humaine afin que nos yeux brillent. 
Les paupières se ferment de temps en temps, goûtent les paroles nues. 
Les paupières s’ouvrent à nouveau sur celle qui lance trois dés, forme des poèmes pour une personne présente, et pour une autre, et pour une autre encore. 

Est-ce divination ? Est-ce présage ? 
Dans les cavités de nos globes oculaires, les mots se déplacent, diffusent un parfum récolté sur le chemin. 
Dans les profondeurs de nos cellules, les lettres se mélangent avec les fleurs, avec les graines et les cailloux. 
Nous gagnons ensemble une vue à 360 degrés.

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