Après que mes yeux épuisés

Il me faut revenir à un temps hors du temps
après que toutes les heures d’un jour
et celles d’une nuit
se soient accouplées pour former
un bloc de douleurs et de vagues
après que mes yeux épuisés
aient perdus leur pouvoir de voir
à force de chercher dans mes replis

si tu ne t’en souviens pas
je peux t’affirmer que c’est de là que tu viens
que c’est de là que nous venons tous.tes
êtres à poumons et à poils
de cette nuit immense à traverser
de ma vision imprégnée d’histoires
cherchant à rebours un chemin
la trace d’un passage
après que mes yeux épuisés
aient perdus leur pouvoir de voir
à force de se fendre pour trouver la lumière
si tu ne t’en souviens pas
je peux de nouveau te faire entendre la puissance
impossible à contenir
force nue des cascades
courant qui m’emporte
je me gorge de lui
chant – plaintes – cris
te dire comment
j’ai vu surgir
frêles, volontaires
toutes les grands-mères
parce que nous sommes nées pour le temps qui passe
le vent qui glace, la peau qui dore et le dos qui tire
parce que nos mains savent se refermer
et nos ventres s’ouvrir
te rappeler comment
toutes frontières évanouies
je t’exhorte à sortir
à décoller nos peaux
comment je te pousse au dehors
s’ouvre comme deux poings
ce que certains essaient de faire passer pour fleur
après que mes yeux épuisés
aient perdus leur pouvoir de voir
à force de se fermer pour endurer
te confier comment du refus de devenir ton tombeau
la vie s’étire jusqu’à déchirer et
comment ton crâne d’enfant
perce
un trou dans le jour

j’attrape ton visage
j’interroge tes yeux
gouffres ouverts sur l’infini
nous contenant tous les deux
tu clignes des paupières
tout se referme
(vertige)
ta présence redessine le passé
attente aveugle jusqu’à toi
rien n’était écrit
tu as toujours été là

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