Ils avançaient les yeux fermés, leurs antennes déployées.
Les corps-paysages disposés dans l’espace. Les corps-voyageurs encore immobiles. Ils s’étaient mis en marche. Un pas après l’autre. Leur radar en action.
Je cherchais aussi de toutes mes oreilles, de toute ma peau leurs présences toutes proches.
Des corps verticaux posés sur le sol qui modifient la qualité de l’air tout autour. Comme une dépressurisation. Comme un rocher détournant le flux de l’eau.
Chacun avec leur fréquence.
Mes pieds poursuivaient leur trajet, autonomes. Ils faisaient confiance à leurs orteils déliés.
Le contact viendra surprenant et attendu.
Je me laisse venir jusqu’à l’impact, brusque ou moelleux. Unique.
J’explore les contours de ces formes, ces lisières, ces lignes de crête de tous ces paysages-corps. Découvrir leurs matières, leurs densités, les zones-socles dynamiques et y déposer une partie de soi. Un poids à l’aplomb qui s’allège, traverse la masse et plonge vers la terre. Le sol est jonché de ces fils à plomb précaires d’un entre-deux poids.
J’actionne mes membres, je cherche une surface pour le flanc, pour y imprimer ma trace comme dans le creux mousseux d’un arbre. Deux masses organiques apposées, comme détachées des corps, des corps qui se compactent, leurs deux poids qui s’annulent.
N’être plus qu’une matière,
une structure de fibres musculaires. Apaisant assemblage,
une seule forme composite.
Sans poids mais tonique.
Je suis une masse perchée entre deux omoplates.
Nous sommes des tissus mêlés.
Une danse surplace en équilibre.
Dans cet instabilité noueuse, on réajuste, on maintient en place l’édifice organique.
Mobiles charnels dans le vent de nos ratures.
Etonnante faculté des corps vivants, humains, plantes, animaux à enjouer les espaces, à se mettre en mouvement dans la fixité, à voyager même autour d’un point fixe.
Les parties en contact, flottantes de jointures, dialoguent médusées. Leurs regards éteints laissent passer la lumière.
Sous nos ciels bas, émergent des sculptures éphémères respirantes dans la masse active.
S’y dessinent des tressaillements pour survoler un monde.
Des tentatives pour agrandir le champ.