Mais calme-toi ! Arrête de gesticuler ! Mon dieu que tu me fatigues… Certains disent même que je les épuise. Parce que je suis excitée, parce que je ne tiens pas en place.
Ça part des pieds et ça remonte vite comme l’électricité, ça irrigue tout le corps jusqu’aux mains qui s’agitent quand je parle – trop fort évidemment – jusqu’aux cheveux qui se balancent face aux paupières qui clignotent. C’est pas très agréable d’être parcourue par un courant plus chaud que le sang dans les veines, plus froid que l’air dans les poumons, plus piquant que la bile alors ce courant faut le laisser déborder du corps par des grands gestes, des cris stridents, des rires puissants. Quand je suis excitée, je me transforme en pantin désarticulé. Et ça les fait chier les calmes, les comme il faut, les barbants mais je fais pas exprès, je fais avec. Je voudrais qu’ils m’apprennent la modération et pourquoi pas la bienséance même si ça n’a pas l’air très marrant, mais ces gens-là ils me fuient, faudrait pas que je les contamine. Je suis contagieuse, je suis indésirable alors je retourne avec mes copains les excités, les insupportables comme disent les plus médisants. On reste entre nous à se fatiguer plus vite que les autres et peut-être qu’on mourra avant eux mais au moins on mourra épuisés d’avoir vécu fort et grand.