La rivière est aux âmes brûlantes qui cherchent la fraîcheur
La rivière est pour les pieds gonflés par la marche
La rivière est pour le loup qui descend de la forêt pour boire
La rivière – à l’automne – est pour les feuilles du saule qui désirent voyager
La rivière est pour nos mains qui se mêlent à l’eau savoureuse
La rivière est pour ceux qui se taisent et écoutent dans le silence ses caresses végétales
La rivière est pour cet enfant qui joue
La rivière est pour cette nageuse qui lutte
La rivière est pour cet homme qui dérive
La rivière est aux hydrophytes – aux élodées, aux nénuphars – qui ballent dans ses eaux,
aux lentilles d’eau qui dansent à sa surface
La rivière est à nos pieds et nous sommes à son chevet
La rivière est aux castors qui la protègent et l’aiment
La rivière est pour la montagne qui la niche et la couve
La rivière est pour le soleil qui y cherche son image en reflet
La rivière est aux ponts qui l’enjambent et qui y plongent leurs bras de pierre et de bois
La rivière est pour les ruisseaux qui s’y déversent en enfants turbulents
– au printemps, dans la joie folle des chaleurs nouvelles – et font grossir son cours
en tempérament de mère-père qui s’échauffe
La rivière est à son lit
La rivière est – en ses rives – à ceux qui s’enlisent et y cherchent réconfort
La rivière est pour le poète qui s’assoit à son bord, caché par les roseaux, fesses au sec, pieds dans l’eau et qui essaye de la dire toute, mais y renonce pour y plonger