Petite lutte

Mes gestes transpirent la colère 

Je porte l’agressivité à bout de bras 
Comme un colis piégé 

Je l’évacue en urgence 
mais elle me dégouline entre les doigts

C’est incessant 
Un récipient percé
Une fuite en avant

Je me dresse pourtant de tout mon corps 
Je fais front
J’écope 

Dona Quichotta
moulinant toujours 

Je dois la porter au loin 
Sans qu’elle me coule sur les pieds 
Atteigne mes racines
Contamine mon sang
De tout ce nerveux

Sinon les tensions me dérapent 
Et je m’abime avec eux

Petite secouriste inutile
Devant tous ces corps-tornades

Alors je crie 
Juste à l’intérieur 
Je crie en silence les bruits du dehors
Et tout ce qui gronde dans leurs dedans

Comme je peux je veille

Leur corps est trop petit pour la contenir 
en faire quelque chose

Et ils n’ont pas choisi leurs drogues

Ils n’ont rien choisi 
Ni les états chaotiques du monde 
Ni ceux de leur petite sphère 

Des écrans sucrés vomissent toutes leurs frustrations
Des écrans trous noirs mangent les yeux tout autour

Ils forment une entité « hostile et fragile »
Difficile à protéger 

Il y a tout de même une ouverture
Très fine au milieu 
Dans toute cette dispersion-explosion

C’est ça là 
C’est leur regard-spirale
leur regard-comète 

Ils peuvent encore s’éclairer 

Derrière 
leurs gestes maladroits
leur bonhomme-têtard 
leurs genoux raides 
leur cerveau chargé
toute leur attention qui s’échappe sans fin vers ces pacotilles fourbes
et aussi tout ce que les masques ont mangé des sourires-paroles

Les étincelles persistent

Toujours

Et c’est exactement pour ça qu’on reste

On ne lâche pas l’affaire
On tient la barre
On se fait contour 

Je reste 
et je trace 
je lis et je relie

Parce que dans ma poche
Même fatiguée 
J’aurai toujours des allumettes à craquer

Et leurs yeux si vivants

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