Comment devenir sauvage

un jour de grand soleil
tu vas rentrer
tu vas fouiller l’armoire la chambre à la recherche

sur le pas de la porte, tu vas contempler l’orage et son poids le tissu sur ta peau étiquette et contre tes biceps
besoin de soleil disparaître le voir
c’est le moment

tu vas marcher pieds à plat nus sur le béton craquèle quitteras les maisons les jardins rejoindras la trois-voies monte un rythme ventral et le pincement
halète

tu prendras ce choc dans tes os
le tempo de tes pas tes talons tes jarrets tu sens tu vas atteindre le point
courir là où les voitures

et là
délire des kilomètres
tu vas casser le pas et tes jambes c’est le sol et le sol
tu vas agripper tes hanches à tes obliques en chaloupe en syncope tu vas tout droit de côté penche à droite le vert
la verticalité des arbres

marron et brûlée et pleine de mousse, et sèche tu y rentres
tu rentreras dedans le tronc l’écorce avec tellement de force à t’y gratter comme une ourse casse les genoux les hiboux
c’est un effleur une écorche

heurte
maintenant tu vas fendre ton visage et la peau de s’ouvrir des tisons tes rotules et tu vas t’y chauffer
des feux de cour de récré de pleurs
viendront te chercher

maintenant tu vas perdre ton visage
courir le claquement et tu craques
allumée comme si la lourdeur ici prend tout tu as le t-shirt blanc la peau rouge et terre

à plat les paumes comme les talons ronge, tu rampes au centre

une belle voiture vers toi une belle couleur qui brille tu vas marcher dans elle en furie
bouche ouverte sur l’air
ta salive, ton état de nature

accidente

ensuite, ailleurs, plus tard,
dans l’eau du bassin d’enfant l’eau bleue sur ta peau diffractée
les cinq doigts de ta main le creux
de ton oreille interne

la tête renversée remplie de piscine
et c’est là où flottent les blessures pansées sans les corps tu vas renverser le front d’un geste de baptême
les jambes battant le chlore et entre elles les buses

la pute
tu vas la devenir
en accoucher
pute née de ta côte
se dégager de l’élasthanne

retour du rouge

tu vas te tourner tout à fait comme les fruits du labeur comme leur cri tu vas
et puis
tes cheveux en filet sur les yeux tes rétines

dévorées de soleil et de mouches yeux se ferment et tes lèvres
de recevoir
le sang

tu vas sentir le sifflement vermeil dans tes oreilles et sur ta langue le goût
ce goût de fer sucé léché de fer rouge qui marque c’est ton liquide

qui coule sur ton sein juste entre les triangles qui s’accroche au duvet

tu vas montrer ton cul à tout le monde
à tout le monde le toboggan la guêpe et ton corps à chacun et chacune
hors de la transparence
graisse et peau et mal sous les plantes

des enfants bousculés grelottants mais ils rient goutte froide et métal
se mettent le maillot en string pour la vitesse tu vas

passer l’entrée des mâles
glissants cheveux ébène épais ensuqués de savon tu vas te cacher dans l’alcôve admirer
ton visage de fille

le sang le long des bras du corps les coups de feutre
tu vas nettoyer en conscience
en questions
passer l’eau claire du jet si sauvage comme une envie de dans tes narines le circuit plus haut secret le rose en vie agité

tu vas soigner rincer scarlata se dilue venu du trou vers le trou tu vas naître et tomber 

Laisser un commentaire