L’absente

Elle s’avance de toute sa nonchalance, désœuvrée devant des montagnes d’injonctions. Mes yeux la suivent, elle se disperse se dissipe se dissout. Ses gestes sont fluides, comme si elle n’avait pas vraiment de consistance. Elle se cramponne à ce qu’elle peut. Ses appuis semblent fragiles. Son pas est glissant mais résistant, sa bouche close par une mâchoire serrée. Elle ressasse, cramponnée à une voix qui ne se tait jamais. Je l’’entends d’ici, son esprit agité parle si fort que ma tête pourrait éclater si je la laissais me pénétrer.
Elle paraît aller au-delà de ses limites ; attrape son parapluie noir, l’ouvre. S’arrête se regarde dans le reflet d’une vitrine. Non, elle ne se regarde pas, elle s’observe. Elle relève ses cheveux. Appuie son œil puissant sur l’ensemble de son corps, comme si elle se découvrait pour la première fois.
Elle sent ma présence. Se retourne.
Je me suis demandé qui elle était et si elle dormait bien la nuit : sa mâchoire se décolle-t-elle , prend-elle le temps cuisiner, fait-elle du sport, a-t-elle des enfants, est-elle jeune ou plus âgée que ce que je crois, écrit-elle, est-elle vivante mais soudain je me demande : est-ce elle ou mon reflet dans la vitrine ?

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